Techniques de la maternité et de l’enfance

Décortiquer le lien entre grossesse, accouchement, soins à la mère et aux enfants, et l’éternelle nature, le poids biologique et l’implacable finalité de cet événement.

Je ne suis pas la seule à voir dans tout cela une grossière méprise. Je ne suis pas la première non plus. Je voudrais présenter ici le texte d’un précurseur, Marcel Mauss (1872-1950), qui a écrit en 1934 un texte extrêmement important en anthropologie, nommé « Les Techniques du corps ».

Je n’ai pas réussi à trouver de photo de Marcel Mauss. Il s’agit d’un dessin, de la main de Mauss, et je crois d’un auto-portrait (source de l’image: Wikipédia).

Son idée principale, c’est que les façons de bouger et de se comporter sont en lien avec la culture. En bon précurseur, Mauss propose un programme d’études, qui n’est toujours pas complété à ma connaissance.

À défaut de sa bouille, voyons au moins sa griffe: un autographe de Mauss adressé à Georges Dumas (source de l’image: Wikipédia).

Ces mouvements et comportements sont baptisés de « techniques du corps » par Mauss. Il définit ces techniques comme « les façons dont les hommes, société par société, d’une façon traditionnelle, savent se servir de leur corps. » (2001, p. 365). Il paraît que l’idée de ces comportements culturels lui serait venu entre autres lors de la Première Guerre mondiale, alors que les bêches françaises fournies à des soldats anglais (et vice-versa) ne leur auraient été d’aucune utilité, faute de savoir comment les utiliser (les mouvements du corps nécessaires à leur manipulation leur étant littéralement étrangers).

Mais revenons à nos moutons-chimpanzés. Dans son célèbre texte, Mauss identifie notamment comme projet les « techniques de la naissance et de l’obstétrique » : « Il y a des techniques de l’accouchement, soit du côté de la mère, soit du côté des aides, de la saisie de l’enfant; ligature et section du cordon; soins de la mère; soins de l’enfant. » ainsi que les questions portant sur « le choix de l’enfant, l’exposition des infirmes, la mise à mort des jumeaux […], la reconnaissance de l’enfant » (Mauss, 2001, p. 376). Personnellement, j’ajouterais aussi la façon de traiter le placenta, une fois expulsé. Par exemple, certains peuples d’Afrique enterrent le placenta, considéré comme un « jumeau » mort-né.

Mauss (2001, p. 377) parle aussi des « techniques de l’enfance » : « élevage et nourriture de l’enfant », succion, portage, sevrage, utilisation ou non de berceaux, éducation après le sevrage, assouplissement de l’enfant, respiration et postures de l’enfant.

Je crois qu’il faudrait ajouter ici les techniques d’hygiène (couches ou non, apprentissage de la propreté par l’enfant, façons de nettoyer l’enfant, massages, etc.).

On en revient à mon exposé de départ: les comportements ont une grande part culturelle, ce qui signifie que les enfants (et les mères) sont traités différemment selon la culture et l’époque. Et qu’il n’y a pas grand-chose de naturel là-dedans.

Je reviendrai une autre fois sur des exemples concrets de ces techniques de la maternité et de l’enfance.

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