« Nous sommes les 99% »

Cela fait un bout de temps que la nouvelle est sortie. Depuis la fin des années 1980, on sait que l’humain et le chimpanzé ont beaucoup en commun, notamment du point de vue de l’ADN: 98,5% (mise à jour: ou, dans une étude encore plus récente, 98,7%) de nos gènes sont communs. On s’en doutait déjà: Darwin au 19e siècle avait mis un pavé dans la mare en déclarant que l’humain et le singe ont des ancêtres communs.

Un éditorial de la revue Hornet en 1871 dépeignant Charles Darwin (1809-1882) sous l’aspect d’un singe. La longue barbe de Darwin était alors un accessoire de mode partagé par de nombreux hommes de son époque. Darwin est aujourd’hui considéré comme le co-inventeur (avec Alfred Russell Wallace (1823-1913)) de la théorie de l’évolution (source de l’image: Wikipédia).

Disons que, dans les milieux scientifiques, personne ne met sérieusement en doute l’idée que nous soyons des mammifères, plus précisément des primates, et, pour être encore plus juste, des Hominidés. Dans l’arbre de famille qui se construit alors, nous acquérons des cousins: les chimpanzés.

Mini cours de phylogénie (étude des liens génétiques entre les êtres vivants): de haut en bas du graphique: du regroupement le plus général jusqu’au plus précis. Il manquerait les espèces (mise à jour) qui devraient être placées sur une ligne en bas complètement du schéma. Dans Homo, il ne reste qu’une espèce vivante actuellement, Homo sapiens, même si nous n’avons pas toujours été les seuls. Dans Pan, on retrouve présentement deux espèces principales: le chimpanzé commun et le bonobo. Ceux que j’appelle toujours « nos amis ». (source du graphique: Wikipédia).

Les chimpanzés nous ressemblent beaucoup. Ils possèdent des cultures (cf. Lestel, 2003; Tattersall, 1999), des modes de communication complexes, des structures sociales. Ils prennent soin de leurs petits.

Nous aussi devons nourrir, protéger, nettoyer, abriter, transporter nos bébés, lorsque nous donnons naissance. Et, comme pour les chimpanzés ou les gorilles, tous ces gestes, à l’apparence simples, ne sont pas innés. Ils doivent être appris. Une femelle chimpanzée doit, elle aussi, observer sa mère, ses « tantes » (les autres femelles de la génération précédente), s’occuper des petits pour savoir comment faire lorsque ce sera son tour. Elle aide de temps à autre sa mère pour prendre soin de ses frères et soeurs (si elle en a de plus jeunes qu’elle). Elle est maladroite les premières fois qu’elle manipule un bébé.

Une mère chimpanzé en train d’allaiter son petit. J’aurai aimé montrer des images de chimpanzés en liberté, mais c’est difficile à dénicher sur Internet (surtout si on souhaite respecter les droits d’auteur). Nous nous contenterons ici de ce que l’éternel Wikipédia peut offrir en la matière…

J’espère que ce préambule vous mènera vous aussi vers une conclusion qui m’apparaît tellement logique: puisque nous sommes des singes, pourquoi ne pas essayer de comprendre comment font les autres femelles avec leurs bébés?

Parce qu’au-delà du discours médical, au-delà des livres sur la grossesse, que savons-nous des gestes à poser pour le bébé? Ma génération est probablement celle qui a vécu le plus coupé des enfants. Je n’ai jamais entendu parler (mise à jour: de société où) d’autres femmes ne toucheraient jamais à d’autres bébés qu’aux leurs. Je ne crois pas que notre mode de vie occidental nous prépare adéquatement à s’occuper d’un poupon. Et je l’avoue, très humblement: le premier enfant à qui j’ai changé une couche est le mien. Et j’étais très intimidée.

En même temps, les livres nous préparent mal à concevoir la grossesse, la parentalité et les soins aux bébés autrement que d’un côté biologique (mise à jour) et uniquement anthropocentriste (on « oublie » les caractéristiques animales des bébés). Mais, je le répète, nous ne sommes pas les seuls à ne pouvoir nous fier à notre « instinct » en ce domaine. Et les mères isolées ont probablement énormément de difficultés à faire les choses « naturellement ».

Petite précision: je partage l’avis de Tattersall (1999) pour qui les comportements (autrement dit: tout ce que nous faisons, tous nos gestes et toutes nos actions visibles) sont les résultats de quatre facteurs, soit le biologique, l’environnement, la culture et la conscience (ou le domaine psychologique). Autrement dit, si on l’applique à un acte courant (à défaut d’être simple!), comme nourrir le bébé, on verra que:

a) le fait d’être un mammifère, équipé de glandes adaptées, permet à la mère humaine de fabriquer elle-même une substance nourrissante pour le bébé (le lait);

b) par contre, des facteurs climatiques (par exemple le froid) peuvent restreindre cette activité (en tout cas, moi, l’hiver au Québec, je ne nourrissais pas n’importe où mon fils!). Il faut tenir compte aussi de la biosphère (qui affectera l’alimentation de la mère – et sa capacité à fournir du lait, ainsi que la qualité de celui-ci);

c) également, la culture pourra encourager, réfréner, tolérer (etc.) ou non l’allaitement maternel. Ainsi, il y a eu des cas de femmes se voyant éjecter d’endroits publics au Québec parce qu’elles nourrissaient au sein un bébé. Il y a donc un choix culturel, des offres de procédés divers (par exemple le biberon, ou le lait maternisé) qui pourraient faire changer la manière de nourrir le bébé. Il y a eu des modes, aussi: on disait lors de l’invention du lait maternisé que le lait maternel ne remplissait pas complètement les besoins du nouveau-né. Ensuite, il y a eu le dogme du lait maternel ou rien…

d) finalement, le fait de nourrir son bébé au sein, au biberon, au lait maternel ou maternisé dépend d’une décision de la mère (et aussi, parfois, d’une condition physique: certaines ne produisent pas assez de lait ou n’en ont pas du tout – et nous ne fouillerons pas ici s’il s’agit d’une situation psychologiquement induite). Certaines ne sont pas à l’aise de montrer leur sein. D’autres détachent l’aspect érotique du sein de sa fonction nourricière. Moi je faisais presque de l’exhibitionnisme.

Voici une représentation « croustillante » d’un allaitement humain. Sans faire exprès de tout montrer, il ne faut pas non plus devenir obsédés par la chose…! (source de l’image: Wikipédia).

Et j’ai dit: « Mais je me sens submergée par des informations sans source et sans détails. » J’en ai eu assez, aussi, de me faire dire que la grossesse et l’accouchement, sans compter le fameux (et mythique) instinct maternel sont les plus belles choses au monde et surtout les plus naturelles.

J’ai voulu, par ce blogue, amorcer une réflexion sur la maternité, dans deux moments bien précis: la grossesse (et l’accouchement), mais aussi, par la suite, la petite enfance (les premiers 18 mois d’un enfant environ), où les soins sont non seulement prodigués à l’enfant, mais aussi à la mère et, dans une moindre mesure, au père.

Tous ces soins, posés par des humains sur d’autres humains, varient selon (et pas uniquement) la culture et l’époque. Mon propos cherchera donc:

  1. ce qui concerne le biologique (les découvertes scientifiques, le domaine médical, la génétique, l’anthropologie biologique);
  2. ce qui implique l’environnement (notre espèce en comparaison des autres, les gestes des chimpanzés et des autres primates);
  3. ce qui caractérise les cultures et les époques (traces des soins dans d’autres univers culturels, modèles à réfléchir);
  4. ce qui, finalement, s’adresse à des décisions individuels (ou parentales) (qu’est-ce qu’on fait?).

C’est, je le vois bien, un projet gigantesque. Mais j’aime les défis. Et, surtout, j’ai la ferme intention de ne plus signer « un chèque en blanc » ou ce qu’ils appellent le formulaire médical de consentement aux soins, alors qu’on manque l’aspect « éclairé » qui devrait s’y adjoindre. Je serai libre et éclairée. Et anthropologue.

Mises à jour:  16 juin 2012 (études ADN)
19 janvier 2013 (précisions sur le discours médical et la biologie)

Une réflexion au sujet de « « Nous sommes les 99% » »

  1. Vous avez une démarche intéressante. Personnellement je demeure convaincu que les humains devrait tenir bien plus compte de leur nature, j’entend par là les millions d’années d’évolution qui les ont menés à ce qu’il sont aujourd’hui. J’ai personnellement remis en question de grand pans de mon alimentation sur ce principe et je m’en porte beaucoup mieux.

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