La médecine égyptienne

Encore une fois, des notes de lectures glanées dans Erman et Ranke (1994) sur l’Égypte ancienne.

Le domaine des maladies des femmes est naturellement aussi étendu en Égypte que partout ailleurs dans le monde, et, à côté de la mère, on n’oublie pas non plus le nourrisson. Nous apprenons que, déjà, par son premier cri on peut juger de sa viabilité; s’il crie ni, il vivra, s’il crie mbi, il mourra. (Erman et Ranke, 1994, p. 468)

Il me semble avoir déjà vu ailleurs une idée semblable, celle du premier cri du nouveau-né comme indicateur de sa capacité à vivre ou non (ami(e) lecteur(trice), si tu peux éclairer notre lanterne…).

Plus loin, Erman et Ranke (1994: 468-469) décrivent une pratique qui va peut-être vous offusquer.

Nous apprenons comment on peut reconnaître à l’odeur la bonne qualité du lait maternel, comment on peut faire monter le lait d’une nourrice, et nous trouvons même un moyen pour remédier aux cris excessifs de l’enfant. C’est un mélange de graines de la plante schepen et de l’inévitable chiure de mouches qui produit ce miracle; il va de soi que le second ingrédient n’aura servi à rien, mais le premier aura dû être d’autant plus efficace, si la plante schepen est la même que celle dont on se sert, aujourd’hui encore, dans la Haute Égypte, pour endormir les enfants: le pavot. (Erman et Ranke, 1994, p. 468-469).

Avant de pousser les hauts cris, souvenons-nous de l’habitude de donner de l’alcool aux enfants pour les endormir en Occident…  tandis que du coquelicot (de la même famille que le pavot somnifère ou pavot à opium, donc, contenant des alcaloïdes) était mélangé à la bouillie des jeunes enfants (toujours en Europe).

Le pavot à opium (Papaver somniferum, à gauche) et le coquelicot (Papaver rhoeas, à droite). Il s’agit ici de deux planches dans le livre de Franz Eugen Köhler, Köhler’s Medizinal-Pflanzen (1897) (source des images: Wikipédia).

On dit parfois que lorsqu’on se compare, on se console. Dans ce cas, c’est plutôt l’inverse… On est coupable à retardement… au minimum d’avoir porté un jugement de valeur sur les pratiques égyptiennes, alors que les nôtres étaient très semblables!

Autre découverte intéressante, celle d’un « test de grossesse » antique et d’une façon d’identifier le sexe du bébé avant qu’il ne soit né:

C’est ainsi que dans le papyrus médical de Berlin (…), on trouve décrit le procédé suivant qui permet de s’assurer si une femme est enceinte: broyer des melons d’eau (?) et les humecter avec le lait d’une femme qui a enfanté d’un garçon… On fera manger cela à la femme; si elle vomit, elle accouchera; si elle a des flatuosités, elle n’accouchera jamais. Hippocrate donne identiquement la même recette: Prends des figues ou la plante butyros et du lait d’une femme qui a enfanté un garçon et fais boire cela à la femme. Si elle vomit, elle deviendra enceinte, si elle ne vomit pas, elle ne le deviendra pas. Et le même manuscrit ancien nous apprend qu’il y a un moyen fort simple de prévoir si une femme accouchera d’un garçon ou d’une fille. Il suffit de tremper de l’épeautre et du froment dans l’urine de la femme et de placer ces grains dans deux petits sachets; si c’est le froment qui germe, ce sera un garçon, si c’est l’épeautre, ce sera une fille. (Erman et Ranke, 1994, p. 470. Italiques des auteurs.)

Il semblerait même que le mot pour « orge » ait été un synonyme de « père » en Égypte ancienne (voir Wikipédia).

Erman et Ranke (1994) notent que Hippocrate, le célèbre grec considéré comme le père de la médecine (et dont les médecins occidentaux prêtent encore le serment qui porte son nom) aurait étudié chez les médecins et les prêtres égyptiens. En tout cas, de nombreuses recettes qu’il rapporte se retrouvent aussi dans des papyrus beaucoup plus anciens.

Gravure d’Hippocrate par Pierre Paul Rubens en 1638. Comme quoi l’influence des Égyptiens est passée dans notre héritage gréco-romain (source de l’image: Wikipédia).

Par contre, si on ne retrouve pas cette recette d’épeautre et de froment dans Hippocrate, on pouvait la lire encore dans un livre européen du 17e s. (avec de l’orge au lieu de l’épeautre), mais sans que la source (égyptienne) ne soit identifiée.

Finalement, je voulais montrer un bas-relief exposant un accouchement.

Murale montrant un accouchement sur le temple d’Edfu en Égypte. La femme en travail était accroupie sur un tapis, et l’on plaçait aux quatre coins des briques symbolisant des déesses (Nout, déesse du ciel, Tefnout de la pluie, Isis la belle magicienne et Nephtys la parfaite, protectrice des morts) (source de l’image: Wikipédia).

Le symbolisme de l’accouchement est plus qu’intriguant. Je vous promets de fouiller ces questions… prochainement.

2 réflexions au sujet de « La médecine égyptienne »

  1. Sur mon ancien blogue, YM laissait le 5 février 2013 à 04:28 ce commentaire:
    « Bonjour,
    Je m’intéresse au diagnostic prénatal dans l’égypte ancienne et de fil en aiguille, je suis arrivé sur votre blog et la citation de Erman et Ranke (1994) évoquant la viabilité de l’enfant d’après son cri ni ou mbi p 469 je crois.
    L’auteur cite t-il la graphie associée aux deux cris et si oui pouvez vous me la communiquer ?
    j’aimerais l’étudier pour voir si le son tel qu’il est retranscrit peut être porteur de sens.
    Vous remerciant par avance de votre retour
    Bien Cordialement
    YM »

    • Après vérifications dans le livre original, la graphie n’est malheureusement pas incluse. Par contre, j’ai trouvé un indice sur la provenance de l’information: à la page 462 de mon livre de Erman et Ranke, on parle de 2 papyrus contenant des informations sur la médecine égyptienne. Je vous recopie le passage:
      « Un certain nombre de textes originaux d’ordre médical, remontant à l’époque du Moyen Empire et surtout à celle du Nouvel Empire, nous ont été conservés – parmi eux, il y a deux rouleaux complètement intacts, qui se trouvent à l’heure actuelle dans des collections allemandes. L’un de ceux-ci, ‘le grand papyrus médical’ du Musée de Berlin, est un rouleau d’un maniement facile, destiné à l’usage courant, ce qui suppose que le médecin qui s’en est servi était un practicien déjà expérimenté. L’autre, au contraire, qui est entré à la bibliothèque de l’Université de Leipzig par les soins de Georg Ebers, contient une sorte de traité de médecine égyptienne, que nous pouvons nous représenter comme ayant appartenu à ce que nous appellerions la bibliothèque d’une école de médecine. Ce ‘papyrus Ebers’ est la source principale des développements qui vont suivre. »
      Si j’ai bien compris, la graphie de ces cris de nourrisons serait quelque part probablement dans le papyrus Ebers, qui, selon mes très courtes recherches, est encore disponible à la bibliothèque de l’université de Leipzig (mais il faut parler allemand, ce qui n’est pas mon cas).
      En passant, je m’excuse pour le délai de réponse: je ne surveille pas de très près mon ancien site.
      J’espère que cela vous aidera dans vos recherches. Bonne chance!

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