Ce que les primates m’ont appris sur les soins aux bébés

Je n’en suis qu’au début de mes recherches sur les grands singes. La primatologie n’étant pas ma formation principale, j’avoue avoir débuté comme tout le monde le fait ces dernières années: j’ai cherché des informations sur Internet.

Il faut souligner ici quelques petites restrictions:

  1. la plupart des ouvrages et articles scientifiques ne sont pas disponibles sur Internet (sauf les très anciens), ce qui signifie qu’on trouve difficilement des informations et des données fiables et récentes.
  2. les pages Internet ont tendance à se copier les unes les autres et sans mentionner leurs références (1): on ne peut pas savoir quel site a publié en premier, ni où les informations ont été prises.

Il en résulte donc que je ne suis pas entièrement satisfaite de ce que j’ai pu trouver, d’où ma première phrase. Je ne suis pas en mesure de garantir l’authenticité des informations, soit parce que les sources sont peu fiables, soit parce que je ne peux pas, par mes connaissances actuelles, les appuyer. En tenant compte de ces bémols, voici donc des résultats préliminaires.

J’ai déjà parlé de notre très proche parenté avec les chimpanzés. Clarifions immédiatement un léger malentendu fréquent: le terme « chimpanzé » regroupe en fait deux espèces (Pan troglodytes et Pan paniscus). Mise à jour: Par certains aspects, nos gènes sont plus proches de ceux des Pan troglodytes, alors que pour d’autres, c’est avec les Pan paniscus que ça « colle » davantage (Ignasse, 14 juin 2012) (pour rire, parlons d’atomes crochus, tiens!).

Carte des répartitions géographiques des espèces du genre Pan. On remarquera que les chimpanzés communs (incluant ici 4 sous-espèces: verus en jaune, vellerosus en vert, troglodytes en violet et schweinfurthii en bleu) sont séparés physiquement des bonobos (Pan paniscus en rouge) (source de l’image: Wikipédia).

Pan troglydytes est souvent nommée « chimpanzé » en français, ou « chimpanzé commun » dans le langage scientifique. Par contre, lorsqu’on parle de bonobo, on fait référence à Pan paniscus. Pourquoi deux espèces distinctes? Vous remarquerez la nette séparation entre le rouge et les bleu et violet de la carte précédente, frontière qui correspond en fait avec le fleuve Congo, tel qu’illustré dans la carte suivante:

Carte du bassin versant du fleuve Congo. Le fleuve sert aussi de frontières entre la République démocratique du Congo, la République du Congo et l’Angola. C’est le 2e fleuve au monde pour son débit (après l’Amazonie) (source de l’image: Wikipédia).

On peut donc raisonnablement penser que les bonobos et les chimpanzés communs, séparés par une frontière naturelle infranchissable pour eux, ont cessé de s’entrecroiser et ont fini par former deux populations dissemblables (mise à jour: on parle de 0,4% de différences dans l’ADN entre les 2 espèces).

À gauche, des Pan troglodytes (chimpanzés communs), à droite des Pan paniscus (bonobos). Si vous avez des difficultés à les différencier, bienvenue dans le club! Les bonobos sont un peu moins trapus que les chimpanzés communs, et les bébés bonobos ont la figure noire (comme leurs parents), alors que les bébés chimpanzés ont la figure claire (qui peut néanmoins être tachetée), et qui s’assombrira en vieillissant. Cela étant dit, les différences ne sont pas vraiment majeures au point de vue anatomique (mais beaucoup plus au niveau comportemental!) (source des images: Wikipédia).

Les chimpanzés (communs et bonobos) nous offrent donc un exemple de ce qu’on appelle en génétique l’effet fondateur, qui explique comment les espèces se forment. C’est le même phénomène qui a dû survenir pour les humains et les chimpanzés. Avec comme preuve leurs bagages génétiques très proches, il y a des ancêtres communs aux trois espèces. On situe la séparation entre les chimpanzés et les humains à au moins 6,3 millions d’années. Loin d’être définitive, il y aurait eu des croisements entre les ancêtres des chimpanzés actuels, les Australopithèques (nos ancêtres), et différentes espèces d’Homo (qui succéderont aux Australopithèques) jusqu’à une date récente: on parle de 2 millions d’années, au moment où Homo habilis a commencé à migrer vers des régions inhospitalières pour les ancêtres des chimpanzés (voir l’article de Wikipédia).

De façon sûre, un tel métissage n’est plus possible aujourd’hui: les chimpanzés ont 48 chromosomes (les gorilles aussi, que nous verrons plus loin), alors que nous en avons 46. Nous avons par contre près de 99% de nos gènes en commun (un peu plus ou un peu moins selon les chercheurs).

Il y a énormément de ressemblances entre les humains et les chimpanzés (et les gorilles, mais dans une moindre mesure). On peut donc s’entendre sur quelques éléments:

  • Notons l’existence de cultures chez les chimpanzés, qui varient dans le temps et selon les groupes (par exemple, certaines techniques pour casser des noix avec 2 pierres ne sont pas utilisées par tous les groupes de chimpanzés systématiquement, même dans des environnements par ailleurs similaires);
  • Il existe également des systèmes de communication complexes chez les diverses espèces de primates (encore une fois, les chimpanzés et les humains remportent le concours des plus complexes);
  • Il faut tenir compte de la présence de structures sociales ici aussi extrêmement complexes, qui permettent notamment le point suivant;
  • Les petits des gorilles et des chimpanzés nécessitent énormément de soins afin de parvenir à l’âge adulte (en parler pour l’humain est un truisme!). C’est le cas aussi chez les autres espèces de primates, mais la durée et l’importance des soins a tendance à augmenter quand on passe vers les gorilles, les chimpanzés et les humains.
Moka, une femelle gorille des plaines, avec son petit de 8-9 jours, au zoo de Pittsburgh (la photo date de février 2012). Les mères gorilles doivent apprendre par l’exemple de femelles plus âgées comment prendre soin de leur bébé. Il arrive régulièrement aux animaux en captivité (souvent capturés très jeunes) de ne pas savoir « quoi faire » de leur bébé, que les gardiens doivent prendre en charge pour assurer leur survie. On peut donc en conclure qu’il n’y a pas d’instinct maternel (dans le sens d’une série de comportements innés pour prendre soin des bébés), que ce soit chez nos cousins ou chez nous (source de l’image: Wikipédia).

Pour rendre les comparaisons encore plus claires, j’ai construit les tableaux suivants:

Tableau 1: Comparaisons entre les gorilles, les chimpanzés et les humains selon diverses mesures de poids (sources: Coupin (1925); de Quatrefages (1866); Wikipédia).

Comparaisons/Espèces Gorilles Chimpanzés Humains
Poids à la naissance 1,5 kg 2 kg 3,5 kg
(poids moyen)
Poids du cerveau
à la naissance
? 0,1 kg 0,33 kg
Poids cerveau par
rapport au poids corporel
(à la naissance)
? cerveau = 5%
du poids corporel
cerveau = 10%
du poids corporel

Premières remarques: il manque des informations pour les gorilles. Malheureusement, le tableau devra attendre des informations supplémentaires, apparemment non disponibles sur Internet malgré mes recherches. Dès que possible, il sera mis à jour. Je ne suis pas parfaitement sûre non plus de quelle sorte de chimpanzés (communs ou bonobos) il est question dans les références trouvées. Ce sera aussi à confirmer, s’il existe ou non une différence entre les espèces par rapport au poids des nouveaux-nés.

Ma deuxième série de remarques portera sur le tableau lui-même. On remarquera que l’importance du cerveau par rapport au poids du corps est doublée pour l’humain par rapport au chimpanzé. Par contre, pour le cerveau lui-même, il est trois fois plus lourd chez l’humain que chez le chimpanzé. Ensuite, malgré le fait qu’il soit le plus gros animal des trois à l’âge adulte (voir plus bas), le bébé gorille est le plus petit des trois. Il est donc celui qui subira la plus forte croissance en terme de poids. Cependant, on déplorera l’absence de donnée pour le poids du cerveau du nouveau-né gorille, qui aurait permis de savoir si le chimpanzé et l’humain ont des croissances particulières ou non par rapport à leur cerveau respectif.

Tableau 2: Comparaisons entre les gorilles, les chimpanzés et les humains, selon diverses mesures de poids à l’âge adulte (sources: Wikipédia; König (2009)).

Comparaisons/Espèces Gorilles Chimpanzés Humains
Poids adulte (mâle) (a) 275 kg
(poids
maximum)
70 kg
(poids
maximum)
87 kg
(poids moyen
chez les Américains)
Taille en position redressée (mâle) (b) 170 cm 170 cm 175,5 cm (moyenne
chez les Américains)
Poids du cerveau adulte (c) 0,56 kg 0,4 kg 1,4 kg
Poids du cerveau
par rapport au poids
corporel (chez l’adulte)
1/230 1/90 1/45
Poids du cerveau naissant
par rapport au poids
du cerveau adulte
? 25% 28%
Croissance entre le cerveau
à la naissance et le cerveau
adulte
? 300% 324%

Notes:
(a) Le poids des femelles est bien entendu plus petit que celui des mâles pour les gorilles et les chimpanzés. Pour les humains, cela peut varier, en partie parce que la différence de grandeur est aussi moins prononcée que les gorilles ou chez les chimpanzés. J’ai choisi arbitrairement le poids moyen chez les Américains comme point de comparaison (il est difficile d’établir un maximum, quoiqu’en 2008, l’homme qui a remporté la palme du Guiness des records pesait 560 kg (!)), en partie parce que les données étaient faciles à obtenir. J’avoue par contre avoir la flemme de dénicher un record de poids plus récent.
(b) La taille des gorilles pourrait être plus élevée (la mesure a été prise avec les genoux légèrement fléchis). Pour la taille chez l’humain, elle varie grandement selon la culture et l’époque.
(c) Les données trouvées ne spécifient pas s’il s’agit d’un cerveau de mâle ou de femelle… Il ne faut pas oublier que le poids du cerveau est en partie fonction de celui du corps, d’où l’importance de le « sexuer » (celui des femelles seraient moins pesant que celui des mâles – ce qui ne veut pas dire nécessairement moins intelligent! – voir la note (2)).

Ce deuxième tableau permet de voir certaines tendances entre les poids adultes et ceux des bébés naissants. Premier constat: pour une grandeur semblable, les poids corporels changent drastiquement. On pourrait par contre penser que le poids « normal » d’un homme adulte devrait se situer autour de celui d’un chimpanzé (si, bien sûr, les tailles sont comparables).

De même, sans parler ici de problèmes de surpoids et d’obésité, pour un poids « normal » et une grandeur semblable, le poids du cerveau, lui, varie considérablement. C’est ici que se vérifie la pensée populaire selon laquelle nous sommes plus intelligents que nos cousins gorilles et chimpanzés. En anthropologie, si on nuance à l’effet que le poids (ou la taille) du cerveau ne fait pas tout, on admet néanmoins que le cerveau d’un humain est beaucoup trop gros par rapport à ce qui est normal chez les primates, ou, si vous préférez, le poids est trop gros par rapport au poids corporel (2). Il y a eu une évolution différente chez l’humain, qui a touché notamment la taille du cerveau (mais aussi en parallèle la bipédie, comme j’en ai déjà parlé ici, ici et ici).

On notera cependant que, par rapport à la croissance du cerveau, de la naissance à l’âge adulte, les données disponibles pour les chimpanzés et les humains sont à peu près les mêmes, c’est-à-dire environ un quart du poids à la naissance par rapport à celui du cerveau adulte, et une croissance autour de 300%. Il y a fort à parier que nous obtiendrions la même chose pour le gorille, si le poids cérébral à la naissance finit par être « découvert » dans les sources.

Les comportements à appliquer (ou à questionner)

a) Prématurité

Ce long détour nous amène à quelques constatations importantes.

  1. Le cerveau humain continue à se développer après l’accouchement durant les deux premières années de sa vie environ au même taux de croissance que ce qu’on retrouve chez le foetus (Gilbert, 2004, p. 408).
  2. Le bébé humain « met deux fois plus de temps qu’un gorille ou un chimpanzé pour arriver au moment où ses membres peuvent soutenir son corps » (McFarland, 2001, p. 445).
  3. On a mesuré que le bébé humain doit attendre d’avoir 21 mois pour qu’il ait atteint le même stade de développement (moteur et cognitif) qu’un autre grand singe (à la naissance de celui-ci) (Gilbert, 2004, p. 408). De la même façon, Delacroix (1934) précise qu’ « à l’âge de sept mois un chimpanzé est beaucoup plus avancé dans son développement [ici langagier] qu’un enfant de dix mois ».
  4. J’en ai déjà parlé (ici et ici): en anthropologie, on conclut que les bébés humains viennent au monde prématurément par rapport à un modèle primate (3).

Donc: gros cerveau, mais immature chez l’humain, faible développement psychomoteur. Pour caricaturer, je dis souvent qu’avant ses 3 mois, le bébé humain n’est qu’un « tube digestif »: il ne faut pas s’attendre à énormément d’interactions de sa part; les « sourires » sont pour la plupart des réflexes (qui serviraient au bébé de pratiques pour les vrais); le bébé dort (et dort encore!), mange, pleure, évacue. En fait, il lui manque plusieurs mois d’utérus. Une fois que le concept est bien compris, la « gestion » du très jeune bébé s’en trouve d’autant facilitée! Il suffit d’appliquer ce que la médecine vous conseillera pour un « prématuré » (selon sa définition): chaleur, contact physique prolongé avec les parents (de préférence peau à peau), présence constante d’adultes.

En fait, en primatologie, on a découvert depuis les années 50 (avec des expériences qui seraient aujourd’hui très controversées sur des singes rhésus, conduites par Harry Harlow) que les petits primates ont plus besoin de l’attachement avec un adulte que de nourriture. Les bébés préfèrent se nourrir le plus rapidement possible afin de profiter du maximum de temps avec leur mère (ou un substitut). Les contacts physiques sont donc essentiels pour le bien-être (et même la survie!) des petits primates. Vous pouvez faire la déduction qui s’impose: votre propre petit primate a les mêmes besoins que ses parents éloignés poilus…

b) Allaitement

En général, les femmes n’allaitent pas assez longtemps actuellement. Bon, je ne voudrais pas être alarmiste (encore moins poser un jugement de valeur sur mes contemporaines!), mais les durées d’allaitement sont vraiment très courtes par rapport à celles des gorilles et des chimpanzés.

Tableau 3: Comparaison des gorilles, chimpanzés et humains selon la durée d’allaitement (source: IPA; cf. Leche League France).

Comparaisons/Espèces Gorilles Chimpanzés Humains
Durée de l’allaitement
(jusqu’au sevrage complet)
52 mois
(4 ans et 4 mois)
30 à 54 mois
(entre 2 1/2 ans
et 4 1/2 ans)
variable selon les cultures:
France: environ 1 mois
Québec: environ 8 mois
Inuits: 7 ans

Chez les autres primates, le sevrage complet correspond avec deuxdes caractéristiques importantes chez le petit :

  1. L’atteinte d’un poids quatre fois supérieur à celui de naissance. Chez l’humain, ce poids est gagné vers l’âge de 2 ans selon l’article de Wikipédia, mais entre 3 et 4 ans selon la Leche League France, et 27 mois à 30 mois (respectivement pour les garçons et pour les filles) selon Dettwyler.
  2. L’atteinte du tiers du poids de l’âge adulte. Selon Dettwyler, on parle alors de 4 ans (pour les filles) et de 7 ans (pour les garçons – il faut plus de temps pour gagner un poids plus lourd) pour correspondre à ce critère.
  3. L’apparition des premières molaires définitives. Pour l’humain, on parle d’un âge de 5 1/2 à 6 ans avant les dents d’adulte (cf. Wikipédia et Dettwyler). Je trouve d’ailleurs assez significatif qu’en français (en anglais aussi, d’ailleurs) on parle de « dents de lait » (dents de la petite enfance, qui ont dû correspondre à une réalité culturelle à mon avis à un moment de l’histoire de la langue – les dents présentes lors de la période d’allaitement). 6 ans correspond également à la maturité du système immunitaire chez l’enfant, qui fonctionne alors comme celui d’un adulte – et on sait l’effet du lait maternel sur le système immunitaire immature…!
  4. Le rapport avec le poids adulte de la mère. En se comparant avec d’autres grands singes, on arrive à des résultats de 2,8 à 3,7 ans (selon le poids moyen des femmes dans diverses populations) pour correspondre aux taux des autres grands singes (cf. Dettwyler).
  5. La durée de gestation correspond à un sixième de celui de l’allaitement (chez les gorilles et les chimpanzés). L’âge de sevrage serait donc 6 fois celui de la grossesse (6 fois 9 mois = 45 mois = 3 ans et 9 mois) (Dettwyler, 1994).

Ce serait donc deux les indicateurs pour se repérer sur la durée « normale » d’allaitement. Je ne veux forcer personne ici: il y a toutes sortes de bonnes raisons pour cesser l’allaitement avant (par exemple, mon fils a voulu arrêter de lui-même vers 15 mois), mais il n’y a pas non plus de quoi s’inquiéter si l’allaitement dure plus longtemps que chez la moyenne de vos congénères (4)

c) Espacement entre les naissances

Tableau 4: Comparaison des gorilles, chimpanzés et humains selon l’espacement entre les naissances (source: IPA et Encyclopédie Larousse).

Comparaisons/Espèces Gorilles Chimpanzés
commun/bonobos
Humains
Espacement entre les naissances 3,5 à 4,5 ans 4,5 ans / 6 ans variable selon les cultures:
au minimum 9 mois

Si vous avez suivi depuis le début, vous savez que les bébés nécessitent énormément de soins. Vous savez aussi qu’il faut allaiter la petite chose (oui, nous sommes des mammifères, et l’allaitement des petits est une des caractéristiques principales de ce taxon), allaitement qui peut contribuer à une infertilité temporaire de la femelle (notons aussi une indisponibilité sexuelle de la mère primate lors de la période d’allaitement). Tous ces éléments contribuent à espacer les naissances chez une femelle.

Par contre, chez l’humain, c’est… du n’importe quoi. L’espacement est de 9 mois (la durée d’une grossesse environ), mais chez certaines femmes (et dans certaines cultures), les grossesses se succèdent presque continuellement. Je ne pense pas qu’il soit évident de donner beaucoup de soins à un bébé, si on est soi-même enceinte et/ou qu’on a déjà un tout-petit à peine plus vieux à s’occuper… Il faudrait voir si la communauté offre un soutien adéquat à ces femmes (donc, évaluer au cas par cas). Cependant, je vais parler pour ma culture (québécoise): je ne crois pas qu’il y ait un cercle social suffisant pour prendre soin des enfants de façon adéquate si on n’espace pas un minimum les naissances.

Mais de combien de temps a-t-on besoin? me direz-vous. Bonne question. On peut prendre exemple sur les gorilles et les chimpanzés: cela me semble logique. On peut aussi se baser sur les sociétés de chasseurs-cueilleurs, où la mobilité de la femme est réduite lorsqu’elle s’occupe d’un enfant, et où on espace d’environ 4 ans les naissances pour ne pas nuire au nomadisme, essentiel dans ce mode de vie (cf. Sahlins, 2011). À 4 ans, l’enfant est capable de se déplacer tout seul, de vaquer à ses petites occupations. Il demande de moins en moins de soins.

Étrangement, 4-5 ans, c’est aussi la moyenne de durée des couples (ou à peu près la durée de l’influence des hormones en cause dans le sentiment amoureux (Wikipédia)). Y a-t-il un lien de causalité? C’est à vérifier.

Mises à jour:
- Génétique des chimpanzés: 12 juin 2012
- Critères de sevrage: 21 juin 2012
- Ajout de sources (et corrections) pour le tableau 4: 1er octobre 2012
(1) J’ose espérer que mes lecteurs/trices ont remarqué que j’essaie de toujours indiquer mes références dans ce blogue…

(2) Ce constat nous amène à l’épineux problème de l’intelligence et de son évaluation chez diverses espèces. On ne peut pas vraiment comparer des espèces qui sont de tailles différentes seulement sur la base du poids du cerveau. En effet, plus le corps est gros (et donc lourd), plus le cerveau l’est aussi. Ainsi, l’éléphant d’Asie a un cerveau pesant 5,5 kg; c’est normal que ce soit plus que l’humain, puisqu’il pèse aussi beaucoup plus (5000 kg).
Par contre, on peut constater que certaines espèces ont un cerveau sensiblement plus lourd par rapport au poids de leur corps que ce qu’on peut voir chez d’autres. Ainsi, la vache pèse plus que l’humain (500 kg), mais son cerveau ne pèse que 0,5 kg (référence: DidacTIC, à voir aussi pour d’autres détails croustillants).
Pour diverses mesures de l’intelligence (coefficient d’encéphalisation, rapport taille du cerveau / masse du corps, taille du cerveau à la naissance versus celle à l’âge adulte), voir Wikipédia.

(3) Il faut ici préciser des éléments. La définition « médicale » de la prématurité s’applique à un enfant né avant d’avoir atteint 37 semaines de gestation (à partir de la fécondation). Cette prématurité n’est absolument pas un événement rare: si elle varie en fonction des cultures, au niveau mondial, il y aurait plus d’un enfant sur dix (!) qui naîtrait prématurément (cf. Wikipédia). Au niveau anthropologique, ce sont tous les bébés humains qui seraient prématurés (au sens où ils sont beaucoup moins développés à la naissance que les autres primates).

(4) Mettons les choses au clair tout de suite: il y a à mon avis de très mauvaises raisons de cesser l’allaitement. Pour n’en nommer que quelques-unes: peur de rendre l’enfant (surtout un garçon) homosexuel (!!!!) ou dépendant, idée que le lait ne suffirait plus au bébé, que l’allaitement retarderait l’acquisition du langage, etc. (voir Didierjean-Jouveau (2007)). Je vais le dire très clairement: il n’y a aucune recherche scientifique qui peut faire un lien entre des problèmes futurs (quels qu’ils soient) et l’allaitement (prolongé ou non). Bien au contraire, toutes les études montrent des avantages à l’allaitement, à la fois pour le bébé et pour la mère, surtout s’il est prolongé. Bon. J’espère que j’ai été bien comprise!