Transports de bébés

Je suis tombée l’autre jour sur une belle photo de chimpanzés:

On peut voir une femelle chimpanzée (plus précisément, des bonobos), transportant son petit sur son dos, mais aussi une branche dans sa gueule. Je ne serai pas étonnée que ce soit un bâton de canne à sucre, friandise très populaire. On peut aussi remarquer qu’elle a des seins proéminents, signe assez sûr qu’elle allaite (les femelles singes ayant la poitrine plate en temps normal) (source de l’image: Wikipédia, photo de Pierre Fidenci).

Je vous dirai une autre fois la différence entre bonobos et chimpanzés communs. Disons qu’il s’agit de 2 espèces cousines et très semblables.

Ce qui me fascine, ici, c’est – non: pas les seins! – c’est, disais-je, le fait qu’elle porte son bébé sur son dos. Et ici, je vais appuyer sur une idée qui m’est très chère: celle du contact avec l’enfant.

Remarquons donc maman bonobo qui fait ses petites « courses », avec bébé sur le dos. Nos cousins primates ont 2 gros avantages sur nous pour cette pratique:

  1. Les bébés naissent beaucoup plus développés que les nôtres: cerveau plus mature, muscles plus forts… Le bébé comprend tout seul ou presque la façon de s’accrocher, de signaler à sa mère qu’il est en train de tomber, et l’importance de rester tout contre sa maman.
  2. Les singes sont poilus (en tout cas, beaucoup plus que les humains): ça donne plus de façons de s’agripper pour le bébé.

Il ne faut pas penser pour autant que porter son bébé est en dehors de nos capacités: c’est compter sans l’ingéniosité et l’intelligence d’Homo sapiens! Un peu partout dans le monde et à travers les époques, les mamans (et de plus en plus les papas) ont trouvé des moyens de porter leurs bébés sans trop se fatiguer les bras, et tout en vaquant à leurs occupations.

Mère wayana (Guyane française, village de Antecume-Pata, 1979) et son jeune sur la hanche (source de l’image: Wikipédia, photo prise par Paul Scot).

Le portage (autrement dit: la maman ou le papa qui porte son bébé) comporte plusieurs avantages non négligeables:

  • Le bébé est à une température plus constante (peu importe le climat – chaud ou froid ou tempéré), surtout s’il est porté à même la peau. Plusieurs cultures ont donc créé des vêtements de portage, adaptés spécialement pour le transport du bébé.
Famille inuit dans ses occupations traditionnelles (1917). La mère porte un manteau dont le capuchon est conçu spécialement pour abriter un poupon. Les enfants sont intégrés très rapidement aux occupations quotidiennes, ce qui permet de créer des liens familiaux très forts (source de l’image: Wikipédia, photo prise par George R. King).
  • Le bébé est constamment en contact avec un adulte (le plus souvent ses parents), ce qui contribue à le rassurer et à le calmer (et on se rappellera qu’on veut un bébé qui arrête de pleurer!). En plus, il est constamment bercé, le petit veinard!
  • Je l’ai dit, mais c’est important: le portage permet un transport simple du bébé (qui n’a pas essayé de prendre seul(e) avec bébé le métro avec les escaliers à monter ou à descendre, une poussette, un ou deux sacs – ne serait-ce que pour avoir des couches de rechange – et PERSONNE pour aider à tenir la poussette ne comprendra pas, c’est sûr, l’intérêt du portage). C’est ce que j’appelle du vrai « transport tout terrain ».
  • De plus, le portage permet d’avoir les mains libres!
  • Autre élément déjà mentionné: l’attachement se développe davantage entre le porteur et l’enfant. Cela permet, d’une part, de prévenir la dépression post-partum chez la mère (qui se sent encore importante et moins mise de côté), et, d’autre part, d’augmenter la participation du père dans les soins donnés à l’enfant (et qu’il se sente lui aussi important).
  • Il semblerait que la courbure de la colonne vertébrale soit mieux respectée si l’enfant est porté (il est le plus souvent un peu courbé vers l’avant, les jambes repliées vers sa poitrine) que s’il est couché sur le dos constamment. On pourrait également prévenir la dysplasie de la hanche (ne me demandez pas c’est quoi: je ne suis pas sûre d’avoir compris mais ça semble être un problème lié à un mauvais emboîtement du fémur dans le bassin).
  • Bébé est stimulé par son environnement (il voit presque tout!), tout en étant rassuré par le contact avec le parent. Il est également beaucoup plus remarqué par les autres adultes (et reçoit donc une importante dose de gouzi-gouzi, de « qu’il est mignon » et de sourires).
  • Pour un papa qui porte son bébé, c’est aussi une grosse séance de valorisation masculine. D’une part, toutes les jeunes femmes (ou presque!) vont vous regarder avec un air de concupiscence. Pourquoi? D’abord parce que vous serez super adorables, vous et votre enfant (coefficient de mignardise augmenté de façon exponentiel par la proximité du bébé). Ensuite parce que les femmes trouvent important que le père participe aux soins aux enfants – et vous être la preuve vivante que vous le faites!
  • C’est aussi une méthode de séduction que je recommande aux hommes célibataires: se balader dans une rue piétonnière avec un poupon dans le dos. Précisez bien que ce n’est pas votre enfant, que vous rendez service à une copine (vous passerez pour l’homme le plus gentil de la Terre, et, surtout, le plus fiable. Imaginez: une femme vous confie son enfant…!), et récoltez les numéros de téléphone pour remplir vos soirées. Effet garantie!
  • Pour la maman, après l’accouchement, cela peut être une bonne façon de se remettre en forme. En plus, comme le poids du bébé augmente progressivement, vous augmentez de la même façon l’effort à fournir. Pour perdre le petit surplus accumulé durant la grossesse, c’est gagnant sur toute la ligne!
  • Pour les bébés nés prématurément (avant 37 semaines de gestation), le portage permet de rattraper très rapidement leur retard de développement par rapport aux autres enfants. Ils prennent du poids plus vite, souffrent moins du froid, sont plus dans un contexte qui rappelle l’utérus (et vous savez combien c’est important l’utérus pour un bébé!).
Porte-bébé kiowa en perles (Amérindiens des plaines américaine), datant du début du 20e siècle (source de l’image: Wikipédia, photo de Wendy Kaveney).

Je n’ai trouvé personnellement que 3 désavantages à porter un bébé.

  1. Certains modèles de porte-bébés ou d’écharpes sont plus compliqués à installer que d’autres. Il faut une certaine habitude et beaucoup d’essais parfois pour réussir à bien installer bébé. Testez le modèle en magasin avec bébé ou un gros sac de riz (si bébé n’est pas encore parmi nous), pour voir si vous arrivez à mettre en place tout le gréement (1). Restez patients, vous surtout mais bébé aussi (petit conseil: faites vos tentatives lorsque bébé est de bonne humeur, et non pas quelques secondes avant de partir en catastrophe parce que vous êtes en retard…).
  2. Il faut changer de positions de portage régulièrement. Ne faites pas l’erreur de prendre l’habitude de toujours mettre l’enfant sur le même côté: vous aurez des problèmes à le mettre de l’autre sens quand vous vous rendrez compte (lorsqu’il sera plus lourd) que vous forcez constamment d’un seul côté du corps…
  3. Lorsqu’il sera trop pesant pour vous, ou si vous cessez de le porter constamment, vous devrez passer à un autre moyen de transport (2) (moins pratique, moins intime…). Cela peut être un petit deuil à faire.

Finalement, il semblerait que le portage retarde l’apprentissage du bébé à s’endormir tout seul. Mais vous connaissez ma position sur ce sujet (exposée en détails par ici) : en gros, ce n’est pas un problème de dormir avec le bébé.

Femme indienne et son enfant (état de Sikkim, en 2004). Le portage permet l’exploration du monde par le bébé tout en le sécurisant (source de l’image: Wikipédia, photo de Steve Evans).

Porter mon fils a été une des plus belles expériences pour moi de la maternité. Je l’appelais mon petit kangourou.

Sources:
Page wikipédia sur le portage d’enfants.
Pour en savoir plus sur la méthode « kangourou » pour les prématurés: Psycho.net

(1) C’est une expression de ma ville natale, Québec, qui fait allusion aux cordages et voilages des bateaux. Le gréement est en général une image pour quelque chose de compliqué à installer.

(2) En cessant de vous entraîner à le porter, vous ne pourrez plus le faire éventuellement… Par exemple, moi j’ai dû arrêter quand j’ai recommencé à travailler: je ne me promenais plus tous les jours avec mon fils, et il était devenu trop lourd pour que je le porte sans entraînement régulier (il avait 15 mois).

Publicités haineuses: ou la mauvaise foi face au co-dodo

Mon copain m’a transmis des images choquantes: celles de deux publicités faites pour les services de santé de la ville de Milwaukee, aux États-Unis, par un organisme réputé pour ses publicités sans nuance. J’irai même jusqu’à dire dogmatiques.

Les publicités incriminées ici: avec un slogan tout en finesse: « Dormir avec votre bébé peut être aussi dangereux. » À remarquer: on ne donne que très peu d’informations: « Les bébés peuvent mourir en dormant dans des lits d’adultes. Faites toujours dormir votre bébé sur le dos et dans un berceau. » (source des publicités: Osocio).

Qu’on me comprenne bien ici. Je ne souhaite la mort d’aucun poupon. Loin de là. Par contre, je m’insurge contre ce qui me semble être une très grossière approximation des risques réels du partage d’un lit avec son bébé (nommé dans le reste de ce message « co-dodo », inspiré de l’anglais co-sleeping). De plus, on mélange deux choses dans ces affiches: le co-dodo et la position du sommeil chez le bébé (qui est maintenant le dogmatique « sur le dos et rien d’autre »).

Pour le dodo sur le dos, je ne suis pas contre. Mais mon fils se tournait tout seul sur le côté à l’âge d’une semaine. J’étais supposée faire quoi avec cet énergumène trop précoce?

Parlons maintenant du co-dodo. Qu’en est-il réellement de ses dangers?

Dr. Phil (que j’aime bien: il fait montre d’un grand respect à mon avis pour les humains en général, et je trouve qu’il a une tête sur les épaules), un psychologue bien connu aux États-Unis (bon, nous allons rester dans les mêmes aires géographiques), faisait la liste suivante des inconvénients du co-dodo:

- Le risque que les parents roulent sur le bébé.
- Le bébé peut tomber du lit.
- Le bébé peut tomber entre le matelas et le mur (ou la tête de lit).
- Le bébé peut s’étouffer dans les draps.
- La présence du bébé peut nuire à la vie sexuelle et à l’intimité du couple des parents.
- Cela peut créer une co-dépendance.
- Certaines recherches ne montrent pas une diminution des risques de syndrome de mort subite chez le nourrisson. (Dr. Phil.com, ma traduction).

 

Effectivement, si vous ne retrouvez plus vos oreillers parce que vous ou votre partenaire les mangez durant votre sommeil, ne dormez pas avec votre bébé. Même chose si vous consommez de la drogue ou beaucoup d’alcool ou des médicaments qui rendent votre sommeil trop lourd (auxquels cas, évitez aussi d’allaiter, si vous voulez mon avis). Sinon, je ne vois pas comment vous pouvez rouler sur un bébé. Je vous promets de revenir bientôt sur ce genre d’accidents.

D’accord aussi, bébé peut tomber. Moi aussi. Il n’y a pas vraiment d’arguments contre cette possibilité, sauf de dire qu’il y a tant de dangers déjà dans la vie du bébé, et qu’à mon avis celui-ci est un risque minime.

Par ailleurs, il y a certaines précautions à prendre avant de faire du co-dodo, par exemple d’éviter les surplus d’oreillers et de couvertures lourdes, ainsi que les lits trop mous (matelas d’eau, sofa…). Ce n’est pas nécessairement le parent qui est un danger, mais bien le lieu du sommeil!

En passant, j’aimerais souligner que seules les sociétés occidentales (encore une extravagance!) ne partagent pas le même endroit pour dormir entre parents et très jeunes enfants.

Tout le monde à bord! Où il y a de la place pour deux, il y en a pour quatre! (source de l’image: Wikipédia).

La bonne nouvelle, c’est qu’il y a de nombreux avantages à faire du co-dodo. Toujours selon le Dr. Phil:

- Le bébé dort plus longtemps.
- Il n’y a pas d’anxiété de séparation à l’heure du coucher pour le bébé.
- L’allaitement durant la nuit est plus facile.
- Cela crée un lien plus solide avec le bébé.
- Certaines recherches montrent une diminution des risques de syndrome de mort subite chez le nourrisson (MSN). (Dr. Phil.com, ma traduction).

 

Vous avez peut-être remarqué comme moi que les derniers points des pour et des contre se contredisent directement. Ou bien le co-dodo a une incidence positive sur les risques de syndrome de mort subite chez le nourrisson, ou bien il n’en a pas. En tout cas, on peut déjà faire un constat très important: le co-dodo n’augmente pas les chances de se retrouver avec un syndrome de mort subite chez le nourrisson. Il ne manquerait pas grand-chose pour faire du dodo seul dans un berceau une des causes, ou, minimalement, un des facteurs de risque du-dit syndrome… Mais je m’avance un peu: il faudra poursuivre nos recherches de ce côté, une autre fois.

De plus, il faut tenir compte de données intéressantes, qui n’apparaissent pas directement dans ces listes. Maman pour la vie rapporte ainsi que les recherches montrant le co-dodo comme nuisible sont subventionnées entre autres par des lobbys américains pour la promotion de produits pour bébés (dont les berceaux) – entre autres, The Consummer Product Safety Commission (CPSC), qui est d’ailleurs une des sources mentionnées par Dr. Phil! Si vous avez déjà commencé à acheter des trucs pour bébés, vous le savez comme moi: il y a de l’argent à faire de ce côté-là. Et que ne sommes-nous pas prêts à payer pour la sécurité de nos petits bouts de chou…?!

Ensuite, Maman pour la vie rapporte une recherche de McKenna et al. (2001 – voir tout en bas de ce message pour la source) qui prouverait même que le co-dodo aiderait les bébés, notamment en permettant à la mère de vérifier la température et la respiration de son enfant (même inconsciemment), le protégeant ainsi beaucoup mieux que s’il est dans son lit tout seul.

J’ajouterai personnellement un argument de poids: vous pouvez allaiter en restant couchée. Pas besoin de se lever la nuit. Et faire dodo la nuit, peu importe comment ou avec qui, c’est inestimable, en plus de vous protéger contre les dépressions post-partums. Encore un beau sujet qui est une maladie unique en Occident…!

Faire dodo à plusieurs: c’est mieux (source de l’image: Wikipédia).

Pour une réflexion en profondeur sur le co-dodo, voir l’article de Maman pour la vie.
Pour une autre approche douce des avantages et inconvénients du co-dodo, voir l’article du Dre Nadia Gagnier sur CyberPresse.
Source de Kenna, qu’il faudra que je consulte aussi: Comment dorment les bébés de Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, James McKenna et Jacky Israël, Ed Belin, ISBN : 9782701138206
(Mise à jour du 25 décembre 2011: J’ai aussi trouvé un autre livre de James McKenna: (2009 (2007)). Sleeping with You Baby: A Parent’s Guide to Cosleeping (Whether you do it occasionally or every night, do it safely), Washington, Platypus Media, 127 p. – dès que je le lis, je vous fais un compte-rendu!)