Brèves 7: Nommer la violence obstétricale

Je n’ai pas eu le temps de le lire: je suis encore fébrile de cette découverte. Stéphanie St-Amant a fait une thèse de doctorat à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) sur la violence du système médical lors de l’accouchement. Sur-médicalisation, absence de consentement éclairé avant les gestes médicaux, refus de reconnaître cette appropriation sociale et médical du corps de la parturiente… C’est en plein dans ma ligne de mire.

Je vais lire cet ouvrage, c’est certain, et je vous en ferai des commentaires. En attendant, on peut lire une entrevue de Mme St-Amant sur le magazine PlanèteF.

À suivre!

Référence: ST-AMANT, Stéphanie (2013). Déconstruire l’accouchement: Épistémologie de la naissance, entre expérience féminine, phénomène biologique et praxis technomédicale.Thèse présentée comme exigence partielle au doctorat de sémiologie, Université du Québec à Montréal, 443 p. [En ligne] Adresse URL: https://www.academia.edu/5700272/

Brève 6: reconnaître les avantages des sages-femmes

Entre l’absence de soins de santé adéquats dans certains pays ou régions, et la surmédicalisation dans d’autres, il y a d’autres avenues: ainsi, The Lancet recommande d’utiliser davantage les services des sages-femmes.

À lire ici un résumé en français: http://www.ledevoir.com/societe/sante/411775/maternite-la-science-plaide-pour-les-sages-femmes

Pour l’original en anglais: http://www.thelancet.com/

Brève 4: De la décoration d’hôpital

Je relisais dernièrement l’excellent Douglas Adams (la désopilante « trilogie de 5 livres » du Hitchiker Guide to the Galaxy) lorsque je suis tombée sur cette phrase:

« The outer steel wall – which was painted in that sickly shade of pale green which they use in schools, hospitals and mental asylums to keep the inmates subdued – (…) » (Douglas Adams, The Restaurant at the End of the Universe, Picador, 1980, p. 136)

(ma traduction): « Le mur extérieur en acier – qui était peint de cette nuance maladive de vert pâle utilisée dans les écoles, les hôpitaux et les asiles de fous pour garder les résidents silencieux – (…) »

 

Couverture de la première édition du Restaurant at the End of the Universe (source de l’image: Wikipédia).

La question demeure: à quoi pensent les architectes ou les décorateurs lorsqu’ils choisissent ce fameux vert pour les hôpitaux? Maintenant que les effets des couleurs sur notre humeur sont plutôt reconnus (voir Doctissimo, entre autres, même si les études n’ont pas l’air parfaitement concluantes), il me semble que les murs devraient être d’une teinte différente de celle des visages des patients.

Et, en passant, le pastel, ce n’est pas pour tout le monde (parce que oui, les jaquettes sont AUSSI assorties aux murs!!!).

À mon avis, l’atmosphère ne fait rien pour aider à guérir dans de telles conditions.

Et je reparlerai du menu une autre fois, qui doit également contribuer à augmenter la longueur des séjours à l’hôpital.

Bétisier 2: La douleur chez le poupon

En y repensant, ou bien j’ai rencontré un nombre anormalement élevé de situations faisant ressortir l’incompétence de certaines personnes du domaine médical, ou bien je n’ai pas été chanceuse, ou bien tout s’est « normalement » déroulé (et c’est moi qui suis sceptique sur le bien-fondé de ces pratiques et idéologies).

Donc, je relatais dernièrement deux événements séparés dans le temps d’environ douze heures, et dont le lien ne m’était pas apparu auparavant. À savoir:

  1. Lors de mon accouchement, les battements cardiaques de mon fils ralentissaient à chaque contraction, ce qui avait l’heur d’énerver le personnel médical. Comme on me monitorait constamment, et que les fréquences cardiaques étaient audibles, tout le monde avait pris conscience du phénomène (sauf moi, qui étais trop occupée avec lesdites contractions). On a alors tenté de me convaincre qu’il me fallait une césarienne, parce que (et je cite): « Le bébé a mal à chaque contraction: son coeur ralentit. »
    Un cardiotocographe, appareil utilisé pour mesurer à la fois la fréquence cardiaque du foetus et les contractions de l’utérus de la mère (ou toco) (source de l’image: Wikipédia)
  2. À son premier matin, l’infirmière qui a examiné mon fils a dit qu’il avait le frein de la langue (ou frein lingual) trop court (qu’on appelle aussi ankyloglossie), ce qui pouvait expliquer ses difficultés à téter (et la très mauvaise nuit qu’il avait passé à pleurer constamment, sauf quand l’infirmière que je venais de sonner entrait dans la chambre). Le pédiatre a donc procédé le matin même à une frénotomie linguale (qui consiste à couper avec un ciseau le frein lingual). À froid. Oui, oui, vous avez bien lu. Mon fils n’a reçu absolument aucune anesthésie pour cette chirurgie. Le médecin nous a expliqué qu’il ne serait pas payé pour cet acte (parce que c’était trop simple, et que ça n’en valait pas la peine), que le bébé n’aurait aucune douleur, etc. En parallèle, notons aussi le grand nombre de fois où on a percé le talon de mon bébé pour faire des tests sanguins (ce qui le faisait inévitablement hurler et pleurer), tests fréquents au point qu’il avait en permanence des pansements aux deux pieds (!).
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    Un exemple d’ankyloglossie, malformation du frein lingual, qui peut créer des problèmes pour téter, manger ou parler (source de l’image: Wikipédia)

Alors, de deux choses l’une: ou bien le foetus peut ressentir de la douleur, ou bien le poupon n’est pas sujet à la douleur. Dans le premier des cas, il faudrait vraiment beaucoup de bons arguments pour justifier tous les actes médicaux sans aucun souci pour les sensations du nouveau-né (en ce qui concerne mon fils, sa frénotomie et les percements des talons avec un scalpel ou un bistouri – j’avoue confondre les 2 instruments, mais seule la lame du bistouri peut être retirée). Je vois mal comment on passerait de l’état de foetus sensible à nouveau-né insensible!

Dans le deuxième des cas – inexistence de la douleur -, s’en servir comme prétexte lors de mon accouchement m’a tout l’air d’une stratégie peu honnête pour forcer la main à une patiente récalcitrante.

De toute façon, prétendre la chose puis son contraire (tout dépendant du contexte et pour rendre les manoeuvres médicales plus faciles pour ses exécutants) ne peut que miner la confiance entre les soignants et la parturiente. Et, à mon avis, il s’agit de fautes graves.

Toujours selon mon opinion, le nouveau-né ressent définitivement les stimuli auxquels il est confronté, ce qui implique la douleur. Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de protestations verbales (il ne sait pas parler, le pauvre!) qu’il n’y a pas sensations désagréables: à preuve: les pleurs et les cris.

Pour le foetus, j’aimerais qu’on m’explique le lien entre fréquence cardiaque et sensations: une fois qu’on aura éliminé toutes les autres causes de fluctuations, je veux bien envisager la relation entre les deux phénomènes.

En attendant, je classe tout ce sujet comme d’énormes bourdes du personnel médical, où, encore une fois, le patient n’est pas en mesure de fournir un consentement éclairé.

« On respire par le nez »

Histoire vécue: lors de mon accouchement, le médecin de garde m’a demandé de ne pas faire de bruit pendant les poussées.

Le système respiratoire humain, avec les poumons et le diaphragme en bas (c’est le muscle principal responsable de l’inspiration et de l’expiration) (source de l’image: Wikipédia).

Ça semble anodin, me direz-vous. Peut-être pas tant que ça. Une des conséquences indirectes de ne pas faire de bruit, c’est qu’il faut bloquer sa respiration (vous essayerez autrement, pour voir, durant un accouchement!). Donc, soit garder l’air dans les poumons, soit rester les poumons vides pendant un certain temps. Les spécialistes appellent ça l’anaérobie, où les muscles manquent d’oxygène et produisent de l’acide lactique pour brûler le glucose.

Or, je n’ai jamais vu nulle part d’exercices physiques intenses où on conseillait ne pas respirer. Au contraire: d’habitude, quand on force, il faut expirer, en synchronie avec l’effort (à effort long, respiration lente, et le contraire pour un effort rapide). Cela permet de garder son souffle (c’est le cas de le dire!), mais aussi de pouvoir effectuer le travail (dans les 2 sens ici) en se fatiguant moins. L’important est ici de se concentrer sur le rythme en exerçant au préalable son diaphragme.

Il n’y a pas non plus dans les gyms d’exercice où on vous conseille d’haleter comme un petit chien, (mise à jour) ce qui peut occasionner de l’hyperventilation! (L’image est d’ailleurs assez drôle, d’un grand musclé avec des haltères… mais je m’écarte du sujet.)

On inspirera de préférence par le nez, pour expirer par la bouche, en gonflant le ventre (et non le thorax! – la cage thoracique empêche une pleine amplitude du mouvement).

Si l’expérience vous tente, vous pouvez faire du yoga: outre les fameuses positions, une grande partie des exercices visent le contrôle du souffle. Au Québec, il existe même de nombreuses classes spécialisées pour les femmes enceintes, avec des postures adaptées. Si vous ne suivez pas de cours avec un professeur, faites seulement les entraînements respiratoires (n’allez pas vous blesser en faisant des postures n’importe comment!).

Classe de yoga à l’occidentale (l’apprentissage se fait de disciple à guru en Inde). Ils sont justement en train de travailler la respiration (source de l’image: Wikipédia).

La fin de mon anecdote? Je n’ai jamais tenu compte de la demande de mon médecin. J’ai crié et gémi autant que j’ai voulu (1). À un moment, le médecin m’a dit: « Continue, c’est efficace. » Elle n’a jamais répété son ordre de départ.

Mise à jour: 18 janvier 2013

(1) Une autre fois, je parlerai de la réaction excessive de la médecine occidentale face aux signes de douleur (gémissements, cris) durant l’accouchement… Personnellement, je considère comme parfaitement normal de faire des « bruits » durant le travail. Après tout, oui, ça fait mal! Ah j’oubliais: vous pouvez aussi dire des gros mots: il paraît que ça soulage.

Vue de l’intérieur: Accouchement sous IRM

Tout beau, tout chaud: on vient de dévoiler une vidéo montrant un accouchement sous IRM (imagerie par résonance magnétique). C’est un accouchement de 2010, à l’hôpital de la Charité à Berlin. À voir sur l’article de Sciences et avenir (Lascar, 2012).

On voit ici une image tirée du vidéo: le ventre de la mère est à gauche, son dos est à droite (on voit bien la colonne vertébrale avec les vertèbres = flèche rouge). Le bébé est engagé dans le bassin, bien que je ne saurai dire à quel détroit il est rendu (cercle rouge). Image tirée à l’origine de Sciences et avenir, mais avec des modifications: j’ai retourné l’image pour la mettre à la verticale, je l’ai recadrée et j’ai ajouté la flèche et le cercle rouges.

Mon commentaire: on voit très bien le crâne du bébé se déformer pour pouvoir passer dans le bassin. Et je ne voudrais pas avoir l’air de dire « je vous l’avais bien dit », mais bon… je le dis quand même!

Mention spéciale à la dame qui a accouché dans l’appareil: si en plus de l’inconfort « normal » de l’accouchement il faut se soucier de faire des belles images… Moi j’aurais refusé, même pour la science!

Un accouchement en bandes dessinées

J’ai toujours adoré la bande dessinée. Alors, entre deux corrections de cette fin de session qui n’en finit plus, je vous offre un petit résumé d’une histoire savoureuse d’accouchement.

C’est dans un livre de Anne Baraou et Fanny Dalle-Rive (2009), publié dans la très renommée maison L’Association, et où on suit le parcours d’Ugoline, maman proche de l’accouchement et au nombril proéminent (moi ça me fascine, ces nombrils qui montrent le bout de leur nez…).

Couverture de la prépublication avec seulement l’histoire d’Ugoline Saine. Les 6 histoires de Baraou et Dalle-Rive ont été regroupées sous un seul album en 2009. Mes citations seront sans page parce qu’il n’y a pas de numérotation dans le livre (saisie d’écran de la page 60 du Catalogue de l’Association 2010).

Il y a une délicieuse absence de faux-semblants, dans ce récit. Ainsi, on apprend dès la première page que Ugoline pète toute la journée, puis qu’elle s’endort n’importe où et qu’elle pisse dans sa culotte. On voit aussi l’espèce de décalage entre les livres sur la grossesse et la réalité. Elle lit tout plein de livres, mais ne semble pas plus éclairée pour autant. En plus, on l’appelle en plein milieu de n’importe quand pour lui demander de venir accoucher « parce que ça [les] arrange mieux maintenant » (!).

La page où Ugoline Saine assiste à des cours prénataux. Les conseils de l’animatrice pour la relaxation reviendront plusieurs fois (et elle répète toujours la même chose, ce qui est hilarant) (source de l’image: saisie d’écran sur le site BDNet).

Durant son travail, on lui interdit de manger (en passant, mesdames, c’est uniquement parce que les infirmières n’ont pas envie de ramasser votre vomi). Elle a un échange avec son mari (copain?) où elle lui raconte que : « Comme le Propess avait déclenché trop fort, ils m’ont piquée au Sufen mais alors j’étais toute groggy, alors ils ont perfusé de l’Ocyto et c’est reparti sévère mais la péridurale a tout calmé alors encore un coup d’Ocyto mais aille aille ouille et on repompe la péridurale… » Comme quoi, la surmédicalisation… on en reparlera, hein?

Elle finit par accoucher, mais ce n’est que le début de la catastrophe. Les infirmières, sages-femmes et aide-soignantes ont toutes un petit air sadique… Elles se mettent à trois pour assommer Ugoline de conseils qui n’expliquent rien et n’aident pas plus. L’hôpital est sale, la bouffe est dégueulasse, les gens entrent sans frapper dans la chambre…

Et puis voilà que surgit le chef de service gynécologique, à qui Ugoline s’écrit « Mon sauveur! [...] Excusez-moi, c’est que toutes ces femmes, depuis des jours, ces femmes qui entrent et sortent sans cesse, ces changements d’équipes de femmes… puis soudain, calmement, un immense homme noir! Vous ne pouvez pas savoir le bien que ça fait! ». Ça fait bien rigoler le médecin, mais je suis plutôt d’accord avec Ugoline… Qu’est-ce qu’on peut en voir, des visages différents, dans ces hôpitaux!

Ugoline a des problèmes à allaiter, et se fait raconter tout et son contraire… Il y a ensuite le dialogue avec une de ces femmes en sarrau (son rôle n’est pas identifié) qui explique: « Vous savez le personnel ici n’a ni la formation ni le temps… Alors tout le monde dit un peu tout et n’importe quoi. » AHHHHHHH enfin un commentaire lucide…!

Bon, je n’ai pas vécu exactement la même chose qu’Ugoline, mais bon sang que ça sonne familier…!

Sur ce, je vous souhaite bonne lecture et je retourne à mon crayon rouge!