Brève 10: Longévité et grossesse tardive

Il y aurait un lien entre la capacité d’enfanter à un âge avancé (après 33 ans) et la longévité des femmes. En effet, dans une étude de la Boston University School of Medicine (BUSM) publiée en 2014, il y aurait de meilleures chances de vivre plus longtemps, puisque le système reproducteur vieillirait plus lentement chez ces femmes (tout comme le reste de leur corps). Attention de ne pas faire le raisonnement à l’envers: ce n’est pas le fait d’enfanter plus vieille qui fait vivre plus longtemps, mais bien une capacité génétique à vivre plus longtemps qui permet d’avoir des enfants plus vieille. Encore un exemple d’évolution.

Le retour des sushis et de la question du poisson

En lien avec mon précédent article sur l’interdit des sushis durant la grossesse, j’ai finalement obtenu une réponse d’une Japonaise (merci, Yasuko!), que je cite:

About sushi and pregnant woman, I have heard about this worry in the west. I have never heard of anything like this in Japan, but these days, they are recommending to not to eat or eat less fish during pregnancy whether they are raw or cooked for the ‘mercury’ contamination. Japanese Ministry of Health and Welfare has a guideline for this. As for the raw fish, it seems that Japanese women nowadays tend to avoid it during pregnancy for the reason of food poisoning, but not for the worms in the fish. However, overall, I have an impression that Japanese women do not really care.

**Ma traduction: À propos de sushi et de femme enceinte, j’ai entendu parler de cette inquiétude en occident. Je n’ai jamais entendu quelque chose du genre au Japon, mais aujourd’hui, il est recommandé de ne pas manger ou de manger moins de poisson durant la grossesse, qu’il soit cru ou cuit, à cause de la contamination au « mercure ». Le Ministère de la santé et des services sociaux japonais a une directive à ce propos. En ce qui concerne le poisson cru, il semblerait actuellement que les Japonaises ont tendance à l’éviter durant leur grossesse à cause de l’empoisonnement alimentaire, mais pas pour les parasites présents dans le poisson. Cependant, dans l’ensemble, j’ai l’impression que les Japonaises ne s’en soucient pas vraiment.

 

Allez, on se met en appétit encore une fois: boîte de sushis à emporter (source de l’image: Wikipédia).

Donc, c’est le poisson en général qui serait visé (et non les sushis en particulier) par le Ministère japonais. Il me reste encore des questions à propos de l’alimentation des Japonaises:

  • Est-ce que la diminution (ou l’arrêt) de poisson est très difficile à respecter au quotidien?
  • Autrement dit: quelle est la place du poisson dans l’alimentation japonaise, quelles sont les quantités consommées habituellement?

Bon, ça attendra.

Après vérifications pour comparer, les consignes sont à peu près les mêmes du côté de l’Institut national de santé publique du Québec:

- Essayez de mettre du poisson à votre menu au moins deux fois par semaine.
- Faites bien cuire vos viandes, volailles, oeufs, poissons et fruits de mer, de même que tous les mets qui contiennent ces aliments. (La chair doit être bien cuite, même à l’intérieur, et le liquide qui s’en échappe doit être clair. (…)
- Consommez des poissons qui contiennent habituellement peu de contaminants: saumon, truite, hareng, aiglefin, thon pâle en conserve, goberge, plie (sole), flet, anchois, omble, merlu, suceur ballot, éperlan, maquereau de l’Atlantique et poissons blancs de lac.
- Préférez, parmi les poissons de pêche sportive, ceux que l’on peut consommer sans restriction: alose, éperlan arc-en-ciel, grand corégone, omble de fontaine et autres truites, saumon et poulamon.
- Limitez la consommation:
* de thon blanc en conserve à 300 grammes (100 onces) par semaine (environ deux boîtes de conserves de 170 grammes);
* de thon frais ou surgelé, de requin, d’espadon, de marlin, d’hoplostète et d’escolier à 150 grammes par mois (5 onces).
- Évitez la consommation fréquente d’achigan, de brochet, de doré, de maskinongé et de touladi (truite grise). Si vous consommez régulièrement des poissons de pêche sportive, vous pouvez vous informer de leur niveau de contamination et des fréquences de consommation recommandées. (voir le texte original pour les sources d’informations).
(Doré, Le Hénaff et l’Institut national de santé publique du Québec, 2012, p. 46-47).

 

Un consensus se dessine autour de l’élimination ou de la restriction de consommation du thon pour les femmes enceintes. Ici, le modèle « innoffensif » du thon blan (source de l’image: Wikipédia).

Pas un mot sur les sushis dans ce guide de Doré et al., distribué gratuitement aux futurs parents du Québec depuis la fin des années 70 (!). Les poissons déconseillés sont des carnivores (piscivores) notoires (ex: requin, achigan), d’où l’accumulation de contaminants dûe à leur position haute dans la chaîne alimentaire.

Par contre, selon ce que j’ai pu trouvé, l’escolier serait à bannir à cause d’histoires d’empoisonnement alimentaire à Hong Kong aux débuts des années 2000 (cf. Wikipedia) et au Canada en 2007. Le lien me semble quelque peu nébuleux (poisson mal identifié au supermarché, apparemment non comestible, mais qui n’était pas de l’escolier pour Hong Kong; poisson mal identifié (encore!) mais bien de l’escolier, qu’il faut consommer en quantités raisonnables sinon il est indigeste parce que trop huileux). Je n’ai pas trouvé d’informations sur son alimentation (donc sur sa place dans la chaîne alimentaire): ce serait donc le danger de diarrhée qui motiverait la mise au ban de l’escolier.

Dessin du fameux escolier (Ruvettus pretiosus) à bannir de votre table si vous êtes enceinte: il risque de vous causer des ennuis gastrointestinaux (source de l’image: Wikipédia).

Pour continuer mon enquête, j’ai pu comparer la version de 2008 (papier) avec celle de 2012 (en ligne) du guide Mieux vivre avec notre enfant (Doré et al.) et elles diffèrent peu: on a ajouté plus de détails entre les deux (sortes de poissons et quantités plus précises).

Couverture du guide Mieux vivre avec notre enfant (version 2012). (source de l’image: saisie d’écran sur le site de l’Institut national de santé publique du Québec).

J’avoue être trop paresseuse pour le moment pour jeter un oeil dans de plus vieilles versions. Pour être vraiment systématique, il faudrait:

  1. vérifier de quand date l’engouement au Québec (et ailleurs en occident) pour les sushis. Les traces de ce genre de changement ne sont pas toujours faciles à dénicher. Selon mes recherches préliminaires, sur Wikipédia, on dit qu’au Japon, on peut remonter jusqu’au 5e s. AEC (avec l’arrivée de la riziculture) pour trouver les premiers sushis (1). Sur le versant anglais de Wikipédia, on rapporte la première écriture du terme « sushi » dans un livre en anglais de 1893 (mais il faut tenir compte d’un dictionnaire anglais-japonais de 1873 où on repère une entrée pour le mot). Du côté français, le Petit Robert (2006) mentionne 1971 comme moment d’adoption du terme. Signalons les premières mentions de sushi consommé hors Japon (en Angleterre et aux États-Unis) en 1953. Il faudrait donc situer l’adoption du sushi dans la cuisine occidentale au moins après la Deuxième Guerre mondiale.
  2. vérifier aussi dans les guides pratiques à l’usage des futurs parents (par exemple celui de Doré et al.), mais aussi dans la littérature spécialisée, si on fait référence à un quelconque danger directement lié à la consommation de sushis, et surtout à partir de quand apparaît cette mise en garde.

Par la suite, on serait en mesure de croiser les 2 phénomènes (engouement du sushi et interdit). Il s’agit peut-être ici d’une rumeur provenant d’une ancienne précaution (2).

Le dossier reste ouvert. Si vous voyez passer quelque chose, faites-moi signe!

Mise à jour: 1er octobre 2012: ajout du remerciement pour la réponse.
15 octobre 2012: 2 corrections de fautes de frappe.

(1) AEC signifie « avant l’ère commune » ou « avant l’ère chrétienne ». En gros, ça signifie la même chose que le av. J.-C. plus classique, puisqu’on ne change pas les dates, mais on y enlève un peu d’ethnocentrisme (qui est la « Tendance à privilégier le groupe social auquel on appartient et à en faire le seul modèle de référence » (Le Petit Robert 2006)). En effet, la vision de l’histoire selon laquelle on compte les années à partir de la naissance de Jésus-Christ est à la fois irrespectueuse pour les non-chrétiens et ridicule quand on parle de sociétés non-occidentales.

(2) J’ai toujours l’impression que l’information circule avec beaucoup de retard. Par exemple, j’estime (mais c’est loin d’être scientifique) à environ 20 ans le retard entre les disciplines. Il arrive ainsi souvent qu’une théorie sera réutilisée dans un autre contexte beaucoup d’années après sa formulation, ou même son abandon dans le domaine d’origine: par exemple, le constructivisme est né en épistémologie (19e s.), mais a été adapté dans l’art russe (1910), en psychologie (années 20), en anthropologie (années 50), en mathématiques, en sociologie et en politique (années 60), et en pédagogie (années 80). De la même façon, je pense qu’il faut à peu près 50 ans pour que des connaissances très spécialisées parviennent à se généraliser dans le grand public. À mon humble avis, on aurait donc ici quelque chose d’ancien avec la crainte des sushis, et qui n’est plus nécessairement à jour.

Posture, mal au dos, grossesse, alouette!

Il s’agit d’un problème très fréquent chez la femme enceinte, surtout dans le 3e trimestre: j’ai nommé les maux de dos. En fait, c’est aussi fréquent dans la population en général.

Le corps d’une femme enceinte subit plusieurs changements (quel truisme!), mais la façon de se maintenir debout doit s’adapter (d’où les fameux maux de dos).  Comme le poids du foetus et du placenta est vers l’avant du corps et plutôt bas, on doit compenser en se courbant le bas du dos (ce qui se fait notamment en basculant le bassin vers l’avant): ce poids en extra change le centre de gravité, et donc modifie la posture générale du corps.

Démonstration:

Silhouette d’une femme enceinte, où on a ajouté le centre de gravité (flèche verticale). En tout temps, cette flèche doit passer en avant de l’axe des chevilles (en position debout immobile). Pour compenser le poids du ventre et des seins qui augmente, la femme enceinte se cambre donc dans le bas du dos, ce qui met plus de poids dans les talons qu’à la normale (source de l’image et des infos: Trottier).

Étonnamment, Daniel Lieberman, anthropologue de l’Université de Harvard, a révélé en 2007 que plusieurs caractéristiques évolutives permettaient aux femmes enceintes d’avoir moins mal au dos que ce qui serait attendu pour une posture de ce type. En effet, si on compare les dernières vertèbres dorsales des femmes à celles des hommes, on s’aperçoit que chez celles-ci, les vertèbres sont à la fois plus souples et plus « porteuses » – souplesse qui est causée entre autres par l’action de l’hormone relaxine qui… relaxe les vertèbres en allongeant les ligaments (cf. Larivière et La Libre.be)!

En combinant cette caractéristique avec des hanches plus larges que celles des hommes, on obtient une position absolument unique dans le règne animal, celle de la femme enceinte (cf. La Libre.be).

Donc, non seulement ça fait moins mal, mais en plus, cette posture permet de garder l’équilibre, et de ne pas basculer vers l’avant (alors que le poids supplémentaire et assez soudain devrait avoir tendance à faire perdre l’équilibre) (cf. La Libre.be) (1).

Augmentation de la grosseur de la « bedaine » entre la 26e et la 40e semaine de grossesse. Encore une fois, la fameuse position est très évidente (dos creux, cou qui compense pour continuer à bien voir…). On peut en plus supposer que la grossesse bat tous les records en matière de rapidité de prise de poids! (source de l’image: Wikipédia).

En effet, on calcule que le poids moyen pris durant la grossesse serait de 8 à 12 kg (17,6 à 26,5 livres pour mes compatriotes). Le poids provient des seins, du bébé et de l’utérus (pour 7 kg), alors que le reste provient de la rétention d’eau (pour augmenter le volume sanguin) et des « provisions » de graisse aux hanches, à la taille et sur le devant du ventre (cf. Trottier).

Je résume les changements dans la posture de la femme enceinte (cf. Trottier):

  • Prise de poids: seins, bébé, ventre qui sont à l’avant du corps (= déséquilibre possible);
  • Hypertrophie de certains ligaments: bassin (ah oui, pour l’accouchement, entre autres!!!), vertèbres;
  • Relâchement musculaire du ventre, qui s’étire pour laisser place au bébé;
  • Rotations des articulations des hanches, des genoux et des pieds pour rééquilibrer le tout;
  • Accentuation des courbures de la colonne vertébrale pour l’équilibre;
  • Flexion du cou (ou, si vous préférez, le menton vers l’avant) pour garder le champ de vision intact;
  • Basculement du bassin vers l’avant.

Si on regarde maintenant les conséquences sur le corps, en termes d’inconforts divers (cf. Trottier):

  • Centre de gravité abaissé mais aussi avancé par rapport à la verticale du corps;
  • Sollicitation accrue des muscles de la poitrine, des épaules et du haut du dos pour compenser la faiblesse des muscles du ventre (grands droits) et l’augmentation du volume des seins;
  • Stress renforcé sur la nuque, la voûte plantaire et les muscles des jambes.

Qui est responsable de ce gâchis? Personne en particulier: il s’agit d’une suite de problèmes liés à la bipédie (encore elle!?!). N’oublions pas, mesdames, que si nous sommes des chimpanzés, nous sommes malgré tout les seuls primates uniquement bipèdes, avec une charpente corporelle conçue pour être quadrupède il n’y a pas si longtemps. Certains se consoleront en sachant que ça a dû être pire pour les premiers hominidés bipèdes, mais ce n’est pas nécessairement si joyeux de savoir que nos cousines poilues n’ont pas mal au dos durant leur grossesse, et qu’elles accouchent beaucoup plus facilement que nous!

Mise à jour: 1er octobre 2012: note sur le prix Ig Nobel

(1) L’autre jour pour m’amuser, j’ai lu sur Wikipédia la liste des prix Ig Nobel, décernés chaque année aux scientifiques qui ont fait des recherches sur des sujets bizarroïdes, rigolos ou franchement ridicules. En 2009, on parlait justement du prix en physique: « à Katherine K. Whitcome de l’université de Cincinnati, Daniel E. Lieberman de l’université Harvard et Liza J. Shapiro de l’université du Texas, pour avoir déterminé pourquoi les femmes enceintes ne basculent pas en avant » (Wikipédia). Bon, ça ne sauvera la vie de personne, mais ça tombe dans notre champ d’intérêt ici, au Modèle chimpanzé!

Mode épouvantable (1): corsets de maternité

Je suis tombée sur ce modèle de corset de 1851, pour femmes enceintes (!).

Corset à porter durant la grossesse, modèle présenté en 1851 en Angleterre (source de l’image: Wikipédia).

Déjà que le corset est un instrument de torture, si en plus on s’emprisonnait aussi durant la grossesse… je plains ces femmes et ces foetus qui ont eu à subir le tout!.

En passant, il s’agit d’un modèle concocté par Madame Roxey Ann Caplin, une auteur et créatrice britannique (1793-1888). Lors de la Great Exhibition of the Works of Industry of all Nations de Londres en 1851, elle gagna le prix pour ses designs de corsets dans la catégorie « Manufacturer, Designer and Inventor ».

Les corsets que Caplin présentent sont vantés pour leurs qualités « hygiéniques », entre autres pour redresser le corps, pour mieux le maintenir, voire pour faire perdre des habitudes de maintien jugées « néfastes ».

Un exemple d’une mauvaise posture « corrigée » par un corset (dessin de droite): un abaissement d’épaule parce que le poids du corps est toujours sur le même pied (dessin de gauche). Dessins provenant du livre de Roxey Ann Caplin, Health and Beauty: or corset and clothing, constructed in accordance with the physiological laws of the human body (!) de 1864 (source des images: Wikipédia).

À mon humble avis, en perdant la capacité physique de se tenir droit (puisque les muscles ne sont jamais entraînés à le faire parce qu’on les remplace par des mécanismes extérieurs), on entre dans un cercle vicieux. Pourquoi faut-il mettre un corset? Parce que le corps ne se tient pas seul droit. Pourquoi ne se tient-il pas? Parce qu’on lui met un corset.

On en vient alors à penser que toutes les femmes doivent porter un corset, et depuis leur plus jeune âge.

Corset pour jeune fille, vu de dos (toujours notre même Caplin, dans son même livre Health and Beauty) (source de l’image: Wikipédia).

Mais, pensez-vous peut-être, qui est cette illuminée pour inventer un truc pareil? Un corset de grossesse?!!??? Je vous annonce tout de go qu’elle n’est pas la seule. Et je le prouve. Attention, les âmes sensibles peuvent se révolter…

J’ai trouvé pas moins d’une quarantaine de modèles de corsets de maternité et de grossesse sur Wikipédia seulement. Je vous en montre deux de plus, histoire de bien marquer le coup.

Un modèle américain de 1876, vu devant et sur le côté. Il y a même le numéro du brevet, si ça vous intéresse: 176895 (source de l’image: Wikipédia).

Pour varier, regardons du côté français:

Modèle du Dr Olivier, par Lacroix, en 1908 (source de l’image: Wikipédia).

Ai-je vraiment besoin de dire ma répugnance pour ces machins?