Passages pelviens simiens mais non similaires

Encore une fois, je ressasse un vieux sujet, encore trop méconnu à mon goût. On sait pourquoi ça fait mal d’accoucher (en tout cas, mes lecteurs/trices le savent, mais j’en doute pour d’autres, dont mon ancien médecin!). En plus, j’ai déjà évité une fois de parler de la « difficulté de la plomberie » (mes propres termes!) – en ce jour où j’ai manqué d’eau chaude à cause d’un tuyau éclaté… Vive l’hiver! Voici l’occasion rêvée.

Rappelons quelques éléments:

  1. L’accouchement chez l’humaine est difficile et douloureux (1).
  2. L’accouchement est difficile parce que le crâne du bébé est gigantesque par rapport à celui des autres primates.
  3. Le crâne du bébé est gros parce que l’être humain a un cerveau hyper-développé.
  4. Le bassin de la femme est trop étroit pour la grosseur du crâne du bébé.
  5. Le bassin est étroit pour permettre la bipédie.
  6. L’accouchement est douloureux parce que le bassin est trop étroit.

Oh que j’aime ça des démonstrations aussi limpides…! Pour compléter, cadeau, des schémas explicatifs:

Ces schémas montrent les bassins féminins (de gauche à droite): de l’humain, du gibbon, du chimpanzé, et du gorille. On voit clairement le passage pelvien (si vous préférez, le « trou » par lequel doit passer le bébé pour naître de façon naturelle). Le cercle ou l’ovale dessiné par-dessus en noir est la dimension du crâne du bébé à naître. On peut aisément voir que si chez les trois autres primates, la « tuyauterie » ne pose pas de problème a priori, il en est tout autrement pour notre copine de gauche…! Le texte déclare (ma traduction): « La tête du bébé humain est plus grande que le passage pelvien de la mère de l’avant à l’arrière tout comme d’un côté à l’autre. Chez tous les autres primates, au moins une dimension de la tête du bébé est plus petite qu’une dimension du passage pelvien de la mère, ce qui permet au bébé de tourner sa tête et de bouger relativement facilement dans le canal utérin. Chez les humains, le crâne mou du bébé et des hormones spéciales qui relaxent le passage pelvien permettent au bébé de venir au monde dans un passage extrêmement étroit. » Ah oui, et désolée pour le cadrage approximatif de l’image (source de l’image: University of New Hampshire).

Mais comment ça fait pour passer??? Voici quelques pistes d’explications:

  • Les os du crâne du bébé ne sont pas soudés complètement ensemble. C’est ce qu’on appelle des fontanelles, les larges fentes entre les plaques osseuses du crâne, qui permettent de comprimer le crâne en se rapprochant et en se superposant légèrement (bien sûr, ce mécanisme a des limites!). Les fontanelles se refermeront entre le 2e et le 36e mois après la naissance, ce qui explique aussi pourquoi la manipulation de la tête de bébé doit se faire délicatement (2).
Les 4 fontanelles principales sur le crâne des nouveaux-nés humains, qui permettent une flexibilité du crâne pour passer dans le passage pelvien du bassin maternel (source de l’image: Wikipédia).
  • Remarquons au passage que presque tout l’espace de la tête est occupé par le cerveau… et par les yeux (comme les habitué/es le savent déjà). Ce cerveau n’est pas complètement collé aux parois osseuses (d’où un jeu possible sans abîmer les neurones…!) (3).
  • Il y a, bien sûr, les mouvements du bassin que nous avons exploré dans un autre article… On se rappellera qu’il est possible d’effectuer une nutation et une contre-nutation (et d’avoir beaucoup de plaisir à dire des mots compliqués à table avec vos beaux-parents – ce sont les joies de l’anthropologie…!).
  • En plus, des hormones produites lors de l’accouchement facilitent ces mouvements du bassin (heureusement! j’avoue ne pas être particulièrement flexible… ça doit aider!). En passant, je me suis procurée un superbe manuel de biologie humaine (merci Sylvain!): je vous promets tout plein de références palpitantes sur les molécules et les hormones sous peu…

Cependant, il reste des difficultés pour le bébé à surmonter avant de pouvoir se retrouver sous les projecteurs (ou, si vous préférez, au froid, tout mouillé, avec des gens QUI HURLENT et trop de lumière, avec tout à coup trop d’espace partout…) (mise à jour: cf. Leboyer, 1974).

On parle donc d’un périple en 3 phases, ou 3 détroits (4), dans le bassin. Voyons la chose en détails… demain une autre fois!

Mises à jour: 1er octobre 2012: lien vers la vidéo de la simulation d’accouchement chez un homme (voir note 1).
17 janvier 2013: lien avec le livre de Leboyer.

Notes:
(1) Je précise chez l’humaine, parce que ça ne fait pas tellement mal à notre moitié masculine de l’espèce… Bon, d’accord, ça peut être douloureux (certains tournent de l’oeil devant ce spectacle: j’imagine qu’ils peuvent se faire mal en tombant). Ça peut aussi être difficile, si vous êtes empathique… Mise à jour: ou si vous tombez sur un scientifique fou qui veut tester votre capacité à résister à la douleur en simulant un accouchement (voir la vidéo).

(2) La fontanelle peut d’ailleurs être un bon indicateur pour savoir si votre bébé est déshydraté: si elle est enfoncée, il manque d’eau ou de liquide et il est plus que temps d’y voir!

Sur cette image, on voit bien la grande fontanelle (bregmatique ou antérieure) en forme de triangle sur le dessus de la tête sur un bébé de 1 mois. Si elle forme un creux, faites boire bébé de toute urgence! (source de l’image: Wikipédia).

(3) Par contre, cet espace peut aussi causer des dommages cérébraux dans les cas de bébés secoués (ce qui arrive malheureusement encore trop souvent lorsque des parents perdent patience – voir mon article sur les coliques 2 pour une autre solution pacifique!).

Sur cette image de scanner, on voit une hémorragie (flèche jaune) entre le cerveau et la dure-mère (une des couches entourant le cerveau). Pour aujourd’hui, le sujet m’écoeure profondément, mais vous pouvez aller vous informer davantage sur la page Wikipédia (d’où provient aussi l’image).

(4) Même le terme est pertinent: « détroit » vient du latin destreit (« défilé » et daté de 1080), mais aussi du latin districtus (« détresse »). Détresse des marins, dans les bras de mer qui se resserrent sur eux, mais aussi de la mère et de l’enfant à naître, alors que tout le monde sait que la tête du bébé est trop grosse, et le bassin trop étroit…

Mises à jour: 3 janvier 2012: « une autre fois »
9 janvier 2012: lien vers la suite de cet article