Brève 10: Longévité et grossesse tardive

Il y aurait un lien entre la capacité d’enfanter à un âge avancé (après 33 ans) et la longévité des femmes. En effet, dans une étude de la Boston University School of Medicine (BUSM) publiée en 2014, il y aurait de meilleures chances de vivre plus longtemps, puisque le système reproducteur vieillirait plus lentement chez ces femmes (tout comme le reste de leur corps). Attention de ne pas faire le raisonnement à l’envers: ce n’est pas le fait d’enfanter plus vieille qui fait vivre plus longtemps, mais bien une capacité génétique à vivre plus longtemps qui permet d’avoir des enfants plus vieille. Encore un exemple d’évolution.

La marche du rat et de l’humain

Sciences et avenir publie encore un article intéressant aujourd’hui, où on apprend que les mécanismes musculaires de la marche chez l’humain sont très semblables à ceux qu’on retrouve notamment chez le rat, mais aussi chez le chat, la pintade et, tenez-vous bien ami(e) lecteur(trice), le singe (mais quelle surprise!!!).

Planche de Benjamin Waterhouse Hawkins, pour son livre de 1860, A Comparative View of the Human and Animal Frame. Pour d’autres planches, voir The University of Wisconsin Digital Collections. Cette planche, intitulée « Man, and the Lion » (p. 12-13), permet de voir l’anatomie des jambes de l’humain et celle des pattes du lion (source de l’image: Wikipédia).

L’étude des chercheurs de la Santa Lucia Fondation à Rome montre que nos mécanismes pour la locomotion ont évolué à partir d’une même série de neurones chez des ancêtres communs. La marche chez l’être humain se séparerait en 4 étapes (commandes du mouvement des jambes, de l’alternance, du décollement des orteils avant de plier la jambe, etc.).

Qu’en conclure, au fond? Premièrement que nous conservons beaucoup d’aspects en commun avec nos cousins les mammifères (voir un de mes articles précédents ou encore mon autre blogue si vous n’en êtes pas encore convaincu(e)s). Que les études comparatives interspécifiques (entre les espèces) continuent de nous en apprendre toujours plus sur nous-mêmes. Et que notre adaptation à la bipédie ne fait que nous que « des singes debout ».

Planche du Petit Larousse de 1922, montrant les squelettes de différents animaux. Bon, personnellement je trouve le crâne de l’Australien (no 3) fortement exagéré par rapport à l’avancement de sa mâchoire (ce qu’on nomme aussi « prognathisme »), toujours un signe de racisme et de tentative de rabaissement vers le « singe ». Mais ce n’est pas inutile de poser un regard critique sur ce qui est considéré encore aujourd’hui comme une « évidence » (celle de peuples arriérés, sauvages, barbares, vivant encore à l’âge de pierre…). Promis: nous en reparlerons (source de l’image: Wikipédia).

Bassin, bipédie, incendie

J’ai envie d’expliquer brièvement quelque chose que la plupart des gens ignorent. Une réalité que même votre médecin pour votre suivi de grossesse ne saura pas. Ça part d’une idée toute simple: pourquoi ça fait mal quand on accouche?

Vous connaissez probablement déjà la condamnation de la Genèse:

Il [Yahvé-Dieu­] dit à la femme : J’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur, et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi. (Genèse, III, 16).

Résumé de l’épisode précédent: comme la femme (Ève) a convaincu l’homme (Adam) de manger du fruit de l’arbre interdit, tous deux sont punis par Dieu pour avoir désobéi. À la femme, la souffrance de l’accouchement, à l’homme les peines du travail sont dévolues.

Adam et Ève, et l’inévitable serpent, juste après la Faute. Tableau de James Tissot (autour de 1896-1902): God’s Curse (source de l’image: Wikipédia).

Mais quelle est l’idée derrière, au juste? Pourquoi doit-on signaler que la femme enfantera dans la douleur? Parce que les autres femelles n’éprouvent pas une telle épreuve.

Maman chimpanzé peut accoucher seule. Elle n’a pas l’air de souffrir tant que ça. Elle n’en est pas raplapla pour les prochaines semaines. Par contre, bébé chimpanzé naît comme l’humain, selon des observations récentes (début 2011): la tête sort, face à la mère, puis les épaules (ce qui permettrait de libérer rapidement ses voies respiratoires (cf. nouvelle sur MaxiSciences).

Chez maman humaine, la chose est moins aisée. Il faut bien comprendre une chose: le crâne du bébé est légèrement trop gros pour le passage pelvien (= le « trou » dans le bassin).

Démonstration:

Bassin d’homme à gauche, de femme à droite. Première différence: le trou pelvien, presque bouché chez l’homme. C’est par là que doit passer le bébé lors d’une naissance « par les voies naturelles » (autrement dit, par le vagin). Dessins de Henry Gray, extrêmement connu pour son livre Gray’s Anatomy (cela vous permettra de mieux savourer la série télévisée qui porte presque le même nom…) (source des images: Wikipédia).

Pour passer, le crâne du bébé doit se mettre dans une des diagonales du passage pelvien. Pour bien voir cette gymnastique, je vous recommande le site Césarine, avec des schémas très clairs. Disons que le but ici n’est pas vraiment d’illustrer la difficulté de la plomberie… Mais on regardera quand même une vue plongeante montante du bassin.

Bassin féminin (mise à jour: vu d’en dessous), avec les grandeurs moyennes (toujours le Gray’s Anatomy, décidément fort utile). Donc, pour profiter de la grandeur maximale du passage pelvien, le crâne doit s’engager notamment dans une diagonale (à ajouter sur le X déjà présent dans le schéma) (source de l’image: Wikipédia).

On remarquera que le coccyx « bouche » une partie du passage pelvien (zut, qu’est-ce qu’il fabrique là, cet organe vestigial?). Rappelons que le coccyx est un reste de la « queue » de l’embryon humain – un vestige évolutif…

Bon. On le saura. L’accouchement est difficile chez l’humaine. Mais pourquoi?????

Ici, il faut dire deux mots d’évolution, à charge d’élaborer une autre fois (il est tard, cher/chère lecteur/trice!!). Pour faire court (le suspense est intenable!), l’accouchement se voit compliqué chez l’humain par deux tendances évolutives contradictoires. À savoir:

  1. La bipédie (marche sur les membres postérieurs): elle nécessite des modifications au bassin, notamment pour pouvoir soutenir les organes internes (le bassin prend ce qu’on appelle une forme de corbeille = il s’arrondit, devient moins haut, mais plus large d’avant en arrière). La bipédie est devenue probablement un avantage évolutif pour certaines espèces, dont nos ancêtres (la preuve: nous sommes là).
  2. L’accroissement du volume du cerveau, et son corollaire, celui du crâne. Plus le cerveau est gros, plus le crâne doit être spacieux aussi (imaginez sinon les migraines!). Par contre, le bassin ne peut pas devenir plus large, sinon la bipédie n’est pas possible…

1 + 2 = gros gros problèmes pour la naissance. Si le bébé, au moment de l’accouchement, a la tête trop grosse, ça ne passe pas. Il reste coincé. Tout le monde en meurt (maman + bébé). Ça ne donne pas beaucoup de descendants…! On pense donc qu’il y a eu sélection (= ceux avec des caractéristiques avantageuses pour survivre ont effectivement survécu et transmis leurs caractéristiques héréditaires) de bébés venant au monde de façon prématurée.

Voilà. Le mot est lancé. L’humain naît de façon prématurée. Parce que sinon, son crâne serait trop gros (et il l’est déjà dans beaucoup de cas…!). Le développement du crâne se poursuit très longtemps après la naissance, lui permettant d’atteindre des mesures impressionnantes (par rapport au poids corporel humain).

Mais il ne faut pas brusquer les choses. Ce serait prématuré de conclure. Je vous laisse sur votre curiosité.

Mises à jour: 8 janvier 2012