Coliques (2): les solutions

Je ne ferai pas languir les parents éplorés par les coliques de leur bébé (qui attendent depuis hier la suite de l’article sur les coliques): je vais vous résumer la méthode du Dr Karp (2003) pour calmer les crises « existentielles » chez les poupons.

Cette procédure se détaille en 5 étapes simples, à faire les unes après les autres (mais en ne cessant pas les précédentes!):

  1. Emmailloter le bébé.
  2. Coucher bébé sur le côté ou sur le ventre
  3. Faire « shhhhh » ou installer un autre « son blanc »
  4. Balancer vigoureusement en rythme
  5. Donner quelque chose à téter (doigt, sein, suce, biberon…).

Concrètement:
Il faut premièrement emmailloter. Pour des conseils de pro, aussi marrants qu’efficaces, et même une vidéo en prime, voyez le site des Népalais. L’idée de base est de reproduire l’environnement de l’utérus: c’est étroit, c’est chaud… C’est peut-être la même idée que pour le bain, mais je trouve moins dangereux de faire dormir un bébé emmailloté que dans le bain…!

Petit hic a: évitez d’emmailloter s’il fait super chaud ou si bébé a de la fièvre.
Petit hic b: il faut libérer bébé lorsqu’il ne dort pas, histoire au minimum de changer sa couche!
Petit hic c: évitez que la couverture ne vienne toucher les joues du bébé, ou il fera le réflexe des points cardinaux (il cherchera un sein inexistant, ce qui est, vous en conviendrez, très frustrant), et cela nuira à l’effet calmant de la procédure.

Démonstration du réflexe des points cardinaux: en appuyant sur une joue, bébé tourne automatiquement la tête vers le point de contact, cherchant le sein. Ce réflexe faciliterait l’allaitement (source de l’image: Wikipédia).

En passant, certaines cultures mettront de la corde, une ceinture ou un équivalent local pour faire tenir le « bébé-gami » (origami du bébé): j’autorise également le ruban collant électrique (mieux connu comme le « duck tape » au Québec) et l’utilisation de couvertures spécialement conçues pour l’emmaillotage avec du velcro (et c’est une bonne idée cadeau pour de nouveaux parents!). Si bébé devient bleu, desserrez. S’il devient mouillé de sueur sur la nuque, il a trop chaud. (Mise à jour: pensez à utiliser une couverture plus légère ou plus chaude selon les conditions climatiques locales.)

Deuxièmement, en couchant bébé sur le côté ou sur le ventre, on évite le réflexe de Moro, qui remplace le sursaut chez les bébés: en fait, lorsqu’il entend un gros bruit ou qu’il a l’impression qu’il va tomber, bébé a peur, étend les bras et les jambes dans un mouvement brusque (et pleure habituellement). On s’entend qu’à gigoter autant qu’il peut dans une crise de coliques, il puisse effectivement avoir peur de tomber…!

Exemple de réflexe de Moro (bon, décidément, ce bébé a subi toutes les expérimentations sur les réflexes archaïques…!). Si vous voulez tester chez vous, faites vite! Les réflexes archaïches disparaissent généralement au bout de quelques mois (3-4 mois) (source de l’image: Wikipédia).

Troisièmement, il faut penser encore une fois « utérus » et reproduire les bruits que le foetus entend dans le ventre de sa maman. Certains gadgets sur le marché reproduisent ces bruits (plutôt intolérables pour les plus de 18 mois, mais que voulez-vous? ça n’a pas été prévu pour vous!). Vous pouvez aussi utiliser le bruit de l’aspirateur, du sèche-cheveux, de la télévision ou de la radio (entre deux postes).

La plupart des bébés seront déjà calmés lorsque vous en arriverez au numéro 4, mais pour les plus réfractaires, il faut poursuivre.

Quatrièmement, il faut balancer bébé. La position « en ballon de football » plaira sûrement au papa (avec petite danse), mais pour les mamans (souvent moins fortes des bras), voici des solutions de remplacement: mettez bébé sur vos genoux, et balancez-vous sur une chaise berçante. Ou encore, placez-vous assise sur le sol, jambes allongées, avec le bébé sur vos cuisses (toujours sur le côté ou le ventre), et penchez vos pieds d’un côté à l’autre en rythme (c’est la façon utilisée un peu partout dans le monde). Si vous en avez un, installez-vous dans un hamac (en prime: détente pour la maman).

ATTENTION: quand je parle de « balancer », il faut que la tête suive le corps: ce n’est pas un bébé « secoué », ici!!!!! Le bébé secoué subit de violentes secousses qui lui causent des traumatismes crâniens. Si la tête suit le corps, tout va bien. Et allez-y doucement quand même. J’ai dit rythme! pas violence!

Finalement, une fois que bébé commence à se calmer, offrez-lui la cerise sur le gâteau: quelque chose à téter.

Il semblerait qu’un bébé « entraîné » à cette méthode se calme en quelques secondes (et on remercie le ciel et tous les hauts responsables de la chose). C’est assez logique, d’ailleurs, qu’il existe un bouton « arrêt » sur ces petites choses (en bon québécois, on dirait un « piton off »).

Par contre, un poupon sur qui on tente la chose pour la première fois pourrait prendre un certain temps avant de comprendre que c’est exactement ça qu’il veut. Mettez-vous à sa place: il est complètement abruti par ses propres cris, ses propres coups qu’il se donne au visage avec ses bras, il est épuisé (même s’il a plus de résistance que vous!)… Donnez-lui une chance et obstinez-vous à poursuivre le traitement. C’est normal qu’il ne se calme pas instantanément les premières fois. N’abandonnez pas.

En tout temps, respirez par le nez, ne hurlez pas sur bébé (de toute façon, il ne vous entend pas), et ne le secouez pas!!!!!!!!!!!!

Parlez à des intervenants de crise si vous n’en pouvez plus, ou laissez bébé dans son lit quelques minutes pour aller vous calmer. Il sera moins en danger le temps que vous fassiez un tour dans la maison que si vous perdez patience.

Dites-vous que vous n’êtes pas des mauvais parents parce que bébé pleure, que ce n’est pas de votre faute, et qu’il ne vous en veut pas.

Une des raisons évoquées par Karp (2003) pour expliquer les coliques, c’est… la prématurité chez le bébé humain. Si cela vous sonne connu, bienvenu dans le club!

Mise à jour: 25 décembre 2011 (rajout du sous-titre et du lien vers le 1er article)

Mise à jour 2: 8 juillet 2012 (idée des couvertures légères ou chaudes).

Coliques (1): description et causes

Il y a de quoi paniquer. Bébé hurle. C’est interminable. Tout ce que vous avez essayé de faire pour le calmer ne fonctionne pas. Les bains. La sécheuse. La ballade en voiture. Les massages sur le ventre (dans le sens des aiguilles d’une montre, s’il vous plaît!). Vous êtes épuisée, à bout de nerfs, papa a été faire un tour avant de perdre définitivement patience. Bébé refuse de se calmer. Et ça se répète. Encore et encore. Presque tous les soirs.

Mon fils a fait ce qu’on nomme des coliques pendant près de 8 mois. Il avait une spécialité pour débuter ses crises vers 21h. Comme une horloge. Et ça se terminait, presque magiquement, vers minuit. Sans qu’on sache pourquoi.

Si, comme moi, vous avez tenté de trouver sur Internet des réponses, il n’y a pas grand-chose comme solutions (en fait, les « méthodes » décrites dans mon premier paragraphe). Vous avez peut-être même consulté un médecin (vous inquiétant d’allergies, d’une hernie ombilicale, etc.). – Mon fils a fait une hernie ombilicale à force de hurler.

Des enfants du Sierra Leone, en 1967, avec des hernies ombilicales. J’ai essayé de retrouver une photo de mon fils où on pouvait voir la sienne, mais sans succès. Il faut dire que c’était l’hiver et que je ne prends pas beaucoup de photos de lui tout nu. Le principe de l’hernie, c’est qu’une partie interne cherche à « s’évader » par des trous dans la structure du corps: ici, le nombril. Je vous garantie que mon fils hurlait très fort, et qu’il a des abdominaux très musclés pour s’être sorti le nombril comme ça… (photo de John Atherton, source: Wikipédia).

Mais ces recherches et ces demandes d’aide ne sont pas toujours couronnées de succès: un médecin m’a même dit, et je cite: « Il faut attendre. Ça va passer. Faites-vous aider par quelqu’un si c’est trop dur. » Effectivement, c’était dur. J’en suis même arrivée à comprendre certains parents qui sont violents avec leur poupon (non que j’approuve cette violence, mais je peux me mettre à leur place et comprendre la perte de contrôle dans une situation comme un bébé qui a des coliques).

Que sont les coliques, exactement? Le Petit Robert (2006) parle de : « Douleur, survenant sous forme d’accès violent, ressentie au niveau des viscères abdominaux ». Mal au ventre, donc.

En fait, que sait-on de ce que ressent le bébé? Il pleure. Quelque chose ne va pas, d’accord. Testez d’abord quelques hypothèses simples: faim, couches souillées, besoin de contact humain, froid, besoin de faire un rot. C’est après que ça se complique: si aucune de ces hypothèses ne s’avère être la bonne, et si bébé continue à hurler, on pense vite aux coliques.

Pour poser un bon diagnostic maison, il faut faire une règle de 3: pleurs durant 3 heures et plus sans arrêt, 3 fois et plus par semaine, pendant au moins 3 semaines. Voilà, vous avez la « chance » d’avoir un bébé qui fait des coliques.

Les coliques chez les nourrisons peuvent se développer n’importe quand, mais souvent à partir de 3 semaines après la naissance (rajoutez un 2 semaines de sursis si vous avez un prématuré) et peuvent durer jusqu’à 1 an (source de l’image: Wikipédia).

Votre belle-mère (ou votre mère) vous dira sûrement que c’est le ventre qui ne fonctionne pas bien et qui crée de la douleur. Les explications classiques parlent d’un système digestif pas au point, de bulles d’air dans le ventre, de lien avec le tabagisme maternel, de brûlures gastriques (voir le site Doctissimo pour un exemple).

En fait, on conclut souvent en disant que les causes sont mal connues (façon de dire élégamment qu’on n’en sait rien). Mon hypothèse personnelle (qui reste à être prouvée), c’est que comme les « coliques » disparaissent d’elles-mêmes au bout d’un certain temps (après quelques mois), ça ne « vaut » pas la peine pour les chercheurs de s’y intéresser. De plus, je soupçonne que comme c’est un problème « féminin » (c’est souvent maman qui est aux prises avec le cas), ce n’est pas très « glamour » de s’y pencher. Je reviendrai une autre fois sur l’absence frappante de recherches un tant soit peu sensées dans le domaine de la maternité.

Je vais vous parler en anthropologue. Selon le site français Doctissimo (encore une fois!) 15 à 20% des bébés souffrent de coliques. Sur Wikipédia, on parle de 10 à 15% des bébés. Disons pour résumer que c’est un problème assez fréquent (mettons 1 enfant sur 10 pour être très prudent). Et si je vous dis que, dans plusieurs cultures, ça n’arrive jamais?

Un bel exemple de « remède » de la fin du 19e siècle: la Hamlin’s Wizard Oil, censée guérir rhumatismes, neuralgies, maux de dents et de tête, diphtérie, maux de gorge et de dos, foulures, bleus, cor aux pieds, crampes, coliques, diarrhées, et, en général, toutes les douleurs et les inflammations. J’aime bien l’idée d’un produit qui soigne à peu près tout, mais on peut bien sûr se poser des questions sur l’efficacité de la chose. À mon avis, il devait y avoir de l’opium là-dedans, ou un quelconque analgésique. En passant, on a déjà donné des analgésiques aux bébés souffrant de coliques, mais on a cessé lorsqu’on s’est mis à se demander si c’était la bonne méthode (source de l’image: Wikpédia).

Je vais vous avouer quelque chose: les coliques, le syndrome de mort subite, et les dépressions post-partum sont des problèmes de santé qui n’arrivent pas partout dans le monde – et ça pique ma curiosité! Comme les causes de ces problèmes sont mal connues (et, pour l’instant, ils touchent culturellement et non biologiquement – c’est à dire par exemple qu’une femme, quelque soit son ethnie d’origine, peut être affectée par la dépression post-partum parce qu’elle est dans un environnement culturel précis), je me suis demandée ce qu’il y avait de différent entre chez moi et ailleurs, pour que nous en souffrions et d’autres, non.

Qu’avons-nous comme pratiques culturelles ici qui pourraient en être un facteur aggravant? Quelles sont les pratiques culturelles ailleurs qui peuvent protéger contre ces maladies?

Autre question: à quoi servent les pleurs (mise à jour: voir mon article pour un début de réponse)? Est-ce normal pour un bébé de pleurer?

J’ai découvert un livre magnifique sur toutes ces questions longtemps après que mon fils ait cessé ses coliques, celui du Dr Karp. Dommage, c’est trop tard pour que je teste moi-même. Mais c’est une approche d’anthropologie médicale. Et ça ne pouvait que me plaire. Je vous en reparle demain.

Mise à jour: 25 décembre 2011 (lien vers l’article sur les raisons des pleurs)