Brèves 9: La preuve scientifique

Je dois avouer qu’il m’est extrêmement difficile de ne pas m’exclamer bruyamment « Ah! Je l’avais bien dit! » à la suite de la découverte de cet article sur ScienceDaily.

En résumé, on y fait état d’un lien entre des pratiques modernes envers les bébés (dormir seuls dans leur chambre, ne pas répondre « trop » rapidement aux pleurs, etc.) et des problèmes de santé mentale et émotionnelle.

C’est dire que c’est grave. Je m’inquiète pour les bébés en Occident. Quel gâchis.

 

Pourquoi j’ai allaité la nuit

Je jumelle ici deux préoccupations que j’ai eu lors des premiers mois de mon fils. En l’occurrence, l’allaitement (et ce qui vient avec) et le co-dodo (ou, si vous préférez, tout un tas de conseils non souhaités mais tout de même administrés sur ces sujets).

Une jolie camisole que j’aurais bien aimé faire porter à qui vous savez… (source de l’image: Facebook)

Mais quel type de conseils m’a-t-on asséné, au juste? Des histoires de positions d’allaitement (2-3 infirmières qui se contredisaient allègrement), de nombre de boires, de quantités à absorber, de trucs pour que bébé « fasse ses nuits », que sais-je? Je ne raconterai pas à nouveau mes déboires avec le tire-lait, ça ne serait qu’ajouter du sel sur la plaie…

Ma sage-femme avait quelques principes simples. Boire à volonté (1). Alterner les seins. Autrement dit, il m’a fallu développer un exhibitionnisme des seins, parce que j’ai allaité à peu près partout (sauf dans des salles d’allaitement! (2)), et n’importe quand.

À volonté, ça inclut aussi la nuit. Et là, j’entends déjà les cris épouvantés en arrière: « Ce n’est pas normal que bébé boive encore la nuit après X mois. » (Vous remarquerez que j’ai évité exprès de mettre un nombre de mois…) Bon. Il semblerait que l’allaitement nocturne ne soit pas souhaitable après un certain temps. Oui, mais posez la question à votre médecin/infirmière/belle-maman: selon quelles études? Et surtout, pourquoi?

Ah oui, les nuits sont écourtées. (C’est une raison pour la maman, ça, qu’est-ce qu’un pédiatre à y voir là-dedans?) À cela, je réponds: co-dodo. Pas besoin de se lever la nuit pour allaiter: le petit est déjà sur place (et si vous faites comme moi, vous dormirez les seins nus, ce qui permet au bébé précoce de se servir lui-même au besoin). Et, en passant, il fait des phases de sommeil plus longues avec quelqu’un que s’il dort en solitaire (3).

En fait, ce qui m’étonne le moins aujourd’hui, alors que je rédige cet article, c’est qu’il y a un lien entre le co-dodo et l’allaitement en général (tant dans le choix fait d’allaiter exclusivement l’enfant que dans la durée totale de l’allaitement). Il faudrait même faire la promotion du co-dodo pour inciter à l’allaitement maternel (cododo.free)!

Pourtant, il existe encore plusieurs obstacles à la promotion de l’allaitement maternel, compte tenu de ce lien avec l’allaitement nocturne (et donc un rapprochement de la mère avec l’enfant) (informations tirées de cododo.free):

  1. C’est le partage « accidentel » du lit avec maman (alors qu’elle s’est endormie en allaitant sans que cela soit prévu, donc sans précautions spéciales) qui est vraiment dangereux (et non un co-dodo habituel). Tant et aussi longtemps que le co-dodo ne sera pas présenté comme une possibilité tout-à-fait légitime et relativement bénigne (à condition de prendre quelques mesures préventives simples), il s’agit du seul risque sérieux.
  2. Les professionnels de la santé ne sont pas informés ou n’informent pas adéquatement les femmes allaitantes des mesures de sécurité requises pour le co-dodo.
  3. Les campagnes d’incitation à l’allaitement ne parlent pas de son pendant nocturne, ni, d’ailleurs, de plusieurs conseils pratiques nécessaires à son accomplissement.
Voici un exemple d’une publicité de l’Agence de santé et des services sociaux de Montréal de l’automne 2012 pour encourager l’allaitement maternel. On y met en vedette une comédienne connue au Québec, Mahée Paiement (ancienne mannequin). Cette image a été décriée pour son manque de réalisme (en talons hauts et robe de gala, disons que c’est une tenue pour le moins inhabituel à la femme qui allaite). On a tenté de miser sur le côté glamour, mais on risque aussi de montrer un idéal impossible à atteindre pour la femme « normale » (critique et image tirées de l’article « Allaiter n’est pas glamour » de Rima Elkouri).

Donc, je vous recopie ici le tableau des facteurs de risque et de prévention dans la première année du bébé (seule la première ligne a été paraphrasée) de cododo.free qui tient compte de la mort subite du nourrisson (MSN), des dangers d’asphyxie (notamment en l’écrasant) et d’autres accidents liés au dodo:

Risques Comment prévenir
Matelas mal ajusté au lit, matelas mou, lit inadapté (trop haut, délabré, …)
Dispositif de couchage non adapté aux bébés: fauteuils, canapés, …
Matelas ferme aux dimensions du lit ou posé sur le sol (si besoin utilisation d’une barrière parfaitement adaptée au lit pour éviter les chutes)
Accessoires de literie dangereux: coussins mous, couettes à proximité du bébé, matières plastiques… Pas d’accessoire de literie sur le bébé (un pyjama suffit)
Pièce trop chauffée, mauvaise aération Chauffage de la pièce à 18°C maximum en hiver
Bébé posé sur le ventre ou sur le côté Bébé posé sur le dos
Tabagisme des parents
En cas de partage du lit, prise de somnifère, d’alcool, de stupéfiants par les parents ; parents très malades ou très fatigués, réflexes diminués ; obésité importante
En cas de partage du lit, hygiène de vie sans drogue. Sinon le bébé dort à côté du lit des parents dans son propre dispositif de couchage (également en cas de maladie, d’obésité)
Allaitement maternel
Bébé dans la chambre des parents la première année

La dernière ligne du tableau montre carrément que 2 des moyens de prévention contre la mort subite du nourrisson et l’asphyxie sont l’allaitement et la proximité physique (dans la même pièce au minimum) du bébé avec ses parents!

En passant, si vous avez à faire augmenter la fréquence des tétées (par exemple pour faire prendre du poids à un bébé trop petit), le co-dodo serait une excellente mesure. L’ayant testé moi-même (pour un bébé prématuré de 5 livres et 2 onces = 2,32 kg à la naissance), je peux vous confirmer le caractère tout sauf léger de mon fils aujourd’hui!

Mise à jour: 13 janvier 2013 pour une erreur dans la conversion du poids de livres à kilos.

(1) Au fait, saviez-vous que les femmes !Kung allaitent environ 4 fois par heure (pendant 1 ou 2 minutes), et presque aussi souvent la nuit (Leche League)? Elles sont vraiment les modèles de mère!

(2) Et pourquoi pas dans les salles prévues à cet effet? Parce que ça ne m’intéressait pas de me faire ostraciser parce que mon bébé avait faim! Non mais pourquoi aurais-je dû/eu à me cacher pour nourrir mon bébé?

(3) À ce propos, il faudra qu’on m’explique un jour en quoi un bébé de quelques mois prouve son « autonomie » à dormir seul…

Publicités haineuses: ou la mauvaise foi face au co-dodo

Mon copain m’a transmis des images choquantes: celles de deux publicités faites pour les services de santé de la ville de Milwaukee, aux États-Unis, par un organisme réputé pour ses publicités sans nuance. J’irai même jusqu’à dire dogmatiques.

Les publicités incriminées ici: avec un slogan tout en finesse: « Dormir avec votre bébé peut être aussi dangereux. » À remarquer: on ne donne que très peu d’informations: « Les bébés peuvent mourir en dormant dans des lits d’adultes. Faites toujours dormir votre bébé sur le dos et dans un berceau. » (source des publicités: Osocio).

Qu’on me comprenne bien ici. Je ne souhaite la mort d’aucun poupon. Loin de là. Par contre, je m’insurge contre ce qui me semble être une très grossière approximation des risques réels du partage d’un lit avec son bébé (nommé dans le reste de ce message « co-dodo », inspiré de l’anglais co-sleeping). De plus, on mélange deux choses dans ces affiches: le co-dodo et la position du sommeil chez le bébé (qui est maintenant le dogmatique « sur le dos et rien d’autre »).

Pour le dodo sur le dos, je ne suis pas contre. Mais mon fils se tournait tout seul sur le côté à l’âge d’une semaine. J’étais supposée faire quoi avec cet énergumène trop précoce?

Parlons maintenant du co-dodo. Qu’en est-il réellement de ses dangers?

Dr. Phil (que j’aime bien: il fait montre d’un grand respect à mon avis pour les humains en général, et je trouve qu’il a une tête sur les épaules), un psychologue bien connu aux États-Unis (bon, nous allons rester dans les mêmes aires géographiques), faisait la liste suivante des inconvénients du co-dodo:

- Le risque que les parents roulent sur le bébé.
- Le bébé peut tomber du lit.
- Le bébé peut tomber entre le matelas et le mur (ou la tête de lit).
- Le bébé peut s’étouffer dans les draps.
- La présence du bébé peut nuire à la vie sexuelle et à l’intimité du couple des parents.
- Cela peut créer une co-dépendance.
- Certaines recherches ne montrent pas une diminution des risques de syndrome de mort subite chez le nourrisson. (Dr. Phil.com, ma traduction).

 

Effectivement, si vous ne retrouvez plus vos oreillers parce que vous ou votre partenaire les mangez durant votre sommeil, ne dormez pas avec votre bébé. Même chose si vous consommez de la drogue ou beaucoup d’alcool ou des médicaments qui rendent votre sommeil trop lourd (auxquels cas, évitez aussi d’allaiter, si vous voulez mon avis). Sinon, je ne vois pas comment vous pouvez rouler sur un bébé. Je vous promets de revenir bientôt sur ce genre d’accidents.

D’accord aussi, bébé peut tomber. Moi aussi. Il n’y a pas vraiment d’arguments contre cette possibilité, sauf de dire qu’il y a tant de dangers déjà dans la vie du bébé, et qu’à mon avis celui-ci est un risque minime.

Par ailleurs, il y a certaines précautions à prendre avant de faire du co-dodo, par exemple d’éviter les surplus d’oreillers et de couvertures lourdes, ainsi que les lits trop mous (matelas d’eau, sofa…). Ce n’est pas nécessairement le parent qui est un danger, mais bien le lieu du sommeil!

En passant, j’aimerais souligner que seules les sociétés occidentales (encore une extravagance!) ne partagent pas le même endroit pour dormir entre parents et très jeunes enfants.

Tout le monde à bord! Où il y a de la place pour deux, il y en a pour quatre! (source de l’image: Wikipédia).

La bonne nouvelle, c’est qu’il y a de nombreux avantages à faire du co-dodo. Toujours selon le Dr. Phil:

- Le bébé dort plus longtemps.
- Il n’y a pas d’anxiété de séparation à l’heure du coucher pour le bébé.
- L’allaitement durant la nuit est plus facile.
- Cela crée un lien plus solide avec le bébé.
- Certaines recherches montrent une diminution des risques de syndrome de mort subite chez le nourrisson (MSN). (Dr. Phil.com, ma traduction).

 

Vous avez peut-être remarqué comme moi que les derniers points des pour et des contre se contredisent directement. Ou bien le co-dodo a une incidence positive sur les risques de syndrome de mort subite chez le nourrisson, ou bien il n’en a pas. En tout cas, on peut déjà faire un constat très important: le co-dodo n’augmente pas les chances de se retrouver avec un syndrome de mort subite chez le nourrisson. Il ne manquerait pas grand-chose pour faire du dodo seul dans un berceau une des causes, ou, minimalement, un des facteurs de risque du-dit syndrome… Mais je m’avance un peu: il faudra poursuivre nos recherches de ce côté, une autre fois.

De plus, il faut tenir compte de données intéressantes, qui n’apparaissent pas directement dans ces listes. Maman pour la vie rapporte ainsi que les recherches montrant le co-dodo comme nuisible sont subventionnées entre autres par des lobbys américains pour la promotion de produits pour bébés (dont les berceaux) – entre autres, The Consummer Product Safety Commission (CPSC), qui est d’ailleurs une des sources mentionnées par Dr. Phil! Si vous avez déjà commencé à acheter des trucs pour bébés, vous le savez comme moi: il y a de l’argent à faire de ce côté-là. Et que ne sommes-nous pas prêts à payer pour la sécurité de nos petits bouts de chou…?!

Ensuite, Maman pour la vie rapporte une recherche de McKenna et al. (2001 – voir tout en bas de ce message pour la source) qui prouverait même que le co-dodo aiderait les bébés, notamment en permettant à la mère de vérifier la température et la respiration de son enfant (même inconsciemment), le protégeant ainsi beaucoup mieux que s’il est dans son lit tout seul.

J’ajouterai personnellement un argument de poids: vous pouvez allaiter en restant couchée. Pas besoin de se lever la nuit. Et faire dodo la nuit, peu importe comment ou avec qui, c’est inestimable, en plus de vous protéger contre les dépressions post-partums. Encore un beau sujet qui est une maladie unique en Occident…!

Faire dodo à plusieurs: c’est mieux (source de l’image: Wikipédia).

Pour une réflexion en profondeur sur le co-dodo, voir l’article de Maman pour la vie.
Pour une autre approche douce des avantages et inconvénients du co-dodo, voir l’article du Dre Nadia Gagnier sur CyberPresse.
Source de Kenna, qu’il faudra que je consulte aussi: Comment dorment les bébés de Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, James McKenna et Jacky Israël, Ed Belin, ISBN : 9782701138206
(Mise à jour du 25 décembre 2011: J’ai aussi trouvé un autre livre de James McKenna: (2009 (2007)). Sleeping with You Baby: A Parent’s Guide to Cosleeping (Whether you do it occasionally or every night, do it safely), Washington, Platypus Media, 127 p. – dès que je le lis, je vous fais un compte-rendu!)