Lait, encore des maux

Si vous êtes d’origine européenne, ou si vos ancêtres l’étaient, vous consommez probablement du lait. J’entends ici bien sûr du lait de vache, bien qu’il ne faille pas, à mon avis, sauter trop vite aux conclusions: tous les mammifères produisent du lait, mais ce lait n’est pas nécessairement utilisé pour l’alimentation humaine (1)!

Verre de lait de vache. Pas de surprise, pas de flaflas. Mais… est-ce vraiment si simple? (source de l’image: Wikipédia).

C’est que je vais jeter un pavé dans la mare (et un gros! attention aux éclaboussures!). Ce qui est considéré comme « normal » (= consommer du lait de vache) en Occident suppose avant tout une capacité gastrique déterminée génétiquement (la production d’une enzyme nommée lactase pour décomposer le lactose, sucre présent dans le lait).

La production de lactase découle de plusieurs mutations chez l’humain (cf. Wikipédia), qui lui permettent de continuer à consommer du lait bien après son sevrage. C’est un phénomène absolument unique dans le règne animal (et chez l’ensemble des mammifères) que d’avoir des individus adultes qui continuent à boire le lait, liquide nourrissant pour les tout jeunes, et, qui plus est, le lait d’un autre mammifère.

Bon, relisez tranquillement une deuxième fois la dernière phrase: adulte… lait d’un autre mammifère… exception no 1.

Traite d’une vache. La consommation de lait de vache chez l’humain devrait suivre les premières domestications de cet animal (on parle d’environ 8000 avant notre ère). Donc, il s’agit d’une consommation qui aurait à peu près 10 000 ans.

Parce qu’il y a une seconde exception: c’est que même au sein de cette espèce étrange de mammifères (qu’on appelle aussi des Homo sapiens pour faire plus scientifique), la capacité à produire de la lactase (et donc à digérer le lactose du lait) est une anomalie. Pouvoir digérer du lait en produisant la lactase quand on est adulte est une exception au sein du groupe humain.

Si je vous dis que la grosse majorité des humains sont incapables de digérer le lactose (2); plus précisément que moins de 5% des Asiatiques en sont capables, alors que le pourcentage frôle le zéro pour cent chez les Thai, les Nouveaux-Guinéens et les aborigènes d’Australie; que même chez les populations consommatrices de lait, il y a toujours un pourcentage significatif d’individus incapables de digérer le lactose (pourcentage qui va de 5% chez les Hollandais, Danois, Suédois et Scandinaves, mais qui est par exemple de 10 à 20% chez les Américains pâles (3), et de 75 à 88% chez les Américains foncés – qui devraient pourtant tous être de « bons » consommateurs de lait!) (Harris, 1985, p. 133; Souccar, 2007, p. 97).

On appelle couramment « intolérance au lactose » cet état de santé, mais je pense qu’il faudrait vraiment revoir les termes (qui suggèrent que c’est anormal de ne pas digérer le lactose) et parler de « tolérance au lactose ».

Donc, non content d’être un produit indigeste pour une proportion massive d’humains adultes (qui leur cause des problèmes variés (4) mais semblables à une intoxication généralisée, en fonction bien sûr notamment de leur degré de tolérance au lactose), mais les laitages sont pointés du doigt comme responsable ou comme facteur aggravant dans de nombreuses maladies (5):

    • diabète:
      • les acide gras trans présents dans le lait rendent moins sensibles à l’insuline, surtout chez les diabétiques (Souccar, 2007, p. 53);
      • les laitages sont en tête de la liste des facteurs contributeurs au diabète de type 1 (chez les enfants) – le diabète est de plus surtout présent chez les enfants allaités moins longtemps (Souccar, 2007, p. 156-160);
      • il y aurait 2 explications pour le lien entre le lait et le diabète de type 1:
        1. des fragments de protéines laitières (très semblables aux cellules du pancréas qui produisent l’insuline) passent dans le sang et ne sont pas digérées; elles sont ensuite attaquées par le système immunitaire, qui finit par détruire aussi les cellules du pancréas (Souccar, 2007, p. 160-161);
        2. l’insuline bovine (présente dans le lait de vache) provoque une réponse allergique de l’organisme; comme l’insuline bovine est très semblable à celle de l’humain, les anticorps s’attaqueraient également à cette dernière, rendant le corps incapable de tolérer sa propre insuline (Souccar, 2007, p. 161-162);
      • le lait est un des rares aliments qui présente un indice glycémique (IG) bas, mais qui fait réagir l’organisme en faisant produire énormément d’insuline: les taux élevés d’insuline constants dans le corps sont un facteur de risque important pour le développement du diabète de type 2 et du syndrome métabolique, puisqu’il conduit à la résistance à l’insuline (Souccar, 2007, p. 173-177);
    • ostéoporose:
      • sur la santé des os:
        1. il n’y a pas de preuves que le lait rende les os plus solides (ce qui, selon la logique classique médicale, protégerait contre l’ostéopose) (Souccar, 2007, p. 64) – en fait, on parle même d’une inefficacité des produits laitiers pour lutter contre l’ostéoporose (Souccar, 2007, p. 73);
        2. la densité osseuse (augmentée temporairement par l’ingestion de calcium) n’est pas un facteur pertinent pour mesurer l’état de santé des os: les populations asiatiques ont en effet des os moins denses, mais ils souffrent beaucoup moins souvent d’ostéoporose que les occidentaux; de la même façon, il n’y a aucune preuve scientifique qui fasse le lien entre le risque de fracture osseuse et la quantité de lait consommée (pas du tout, peu ou beaucoup) (Souccar, 2007, p. 67, 69-71);
        3. en fait, les études de populations font un lien entre la consommation de lait et la santé des os: « moins on consomme de lait et de protéines animales, plus on a des os en bonne santé » (Souccar, 2007, p. 73) – il faut ajouter les consommations de sel et de boissons sucrées comme cooccurrents (6);
      • la question du calcium:
        1. même si le calcium était absolument nécessaires (dans les quantités prescrites par les agences de santé publique), il n’y a aucune preuve que le lait soit la meilleure source de calcium: le calcium végétal est beaucoup mieux assimilé par l’organisme (Souccar, 2007, p. 69);
        2. les apports recommandés de calcium sont basés sur des calculs à court terme (sur un petit échantillon uniquement constitué de filles!), et sur des bases arbitraires, où on ne tient compte ni de la quantité de calcium végétal, ni de l’activité physique, ni de la quantité de protéines animales ou de sel ingérées (qui éliminent le calcium) – avec un régime alimentaire moins acidifiant en général, on peut se contenter d’une très petite quantité de calcium -, ni de l’âge, ni même du sexe (Souccar, 2007, p. 187-193);
        3. la consommation massive de calcium laitier déstabilise l’organisme dans sa capacité à gérer ce minéral (Souccar, 2007, p. 80);
        4. le calcium accélère le phénomène de remodelage des os (destruction des vieilles cellules et reconstruction de nouvelles) – cependant, les cellules responsables de la reconstruction (ostéoblastes) ne sont pas produites en quantité illimitée, ce qui fait que les os finissent par ne plus être remplacés (puisqu’ils continuent à se faire éliminer par d’autres cellules, les ostéoclastes, qui, elles, sont en nombre infini, et qui sont stimulées par le… calcium et d’autres substances présentes dans le lait!); résultat: le calcium finit par empêcher les os de se renouveler (causant la porosité des os à un âge plus avancé associée à l’ostéoporose) (Souccar, 2007, p. 80-85).
    • tumeurs et cancers divers:
      • un lien direct et positif entre la quantité de protéines de caséine (87% des protéines présentes dans le lait de vache) et les effets de l’aflatoxine (champignon qui altère l’ADN), ce qui génére des tumeurs cancéreuses du foie et accélère leur développement (plus on augmente les protéines, plus l’aflatoxine s’active) (Souccar, 2007, p. 105-113);
      • la présence de l’IGF-1 dans le lait, une hormone de croissance naturelle et identique pour l’humain et la vache, qui contribuerait à l’accroissement de la taille en moyenne chez l’humain (dans les populations consommant du lait) et à la prolifération des cellules pré-cancéreuses ou cancéreuses: on parle ici entre autres du cancers du sein, de la prostate et du poumon (Souccar, 2007, p. 118-121);
      • le lien entre la consommation de la caséine (présente dans le lait en grandes quantités) et l’apparition de cancer du sein (Souccar, 2007, p. 113);
      • le lien entre la caséine et une augmentation de l’IGF-1 absorbée par le corps (et présente dans le sang) (Souccar, 2007, p. 119);
      • le lien entre la consommation de lait et de calcium et les risques d’apparition du cancer de la prostate (Souccar, 2007, p. 125-129);
      • le lien entre la consommation de fromage et le cancer du testicule (Souccar, 2007, p. 135);
      • le lien entre les estrogènes et la progestérone, présentes en grande quantité dans le lait de vaches actuel, et les cancers du sein, des ovaires et de l’utérus (Souccar, 2007, p. 134-136);
      • l’augmentation de la quantité d’IGF-1 dans le lait depuis une trentaine d’années, ce qui expliquerait la hausse des cas de cancers de la prostate (puisqu’on ne consomme pas vraiment plus de lait qu’avant) (Souccar, 2007, p. 131);
      • le lien entre l’IGF-1 du lait et l’augmentation de la production de l’IGF-1 du corps humain (Souccar, 2007, p. 138);
      • la baisse de la présence de vitamine D dans les organes liée à la consommation de laitages (la vitamine D est anti-cancéreuse) – les produits laitiers créent un environnement acide qui met en péril la fabrication de vitamine D par une enzyme des reins (Souccar, 2007, p. 129);
    • sclérose en plaques:
      • bien qu’on ignore les causes exactes de cette maladie, sa géographie (Europe, Amérique du Nord, Australie) est la même que pour l’ostéoporose et le diabète de type 1 et les grands consommateurs de produits laitiers : soit on s’enterre la tête dans le sable, soit on en conclut quelque chose en lien avec la consommation de lait;
      • il s’agit aussi d’une maladie auto-immune (frasques du système immunitaire qui attaque son propre organisme ou des substances non dangereuses normalement), tout comme le diabète de type 1, le lupus, et les allergies en général: les globules blancs font du zèle, et considèrent comme nuisibles quelque chose qui ne l’est pas.

Bon, d’accord, plus de lait. Mais il ne suffit pas de jeter la « pinte » (ou la boîte pour nos ami(e)s européens) de lait à la poubelle pour se débarasser du problème. Méfiez-vous aussi des sous-produits du lait contenus dans les aliments fabriqués par l’industrie. Et pensez à varier et à augmenter votre consommation de fruits et de légumes pour avoir l’apport souhaitable en vitamines et minéraux. Si vous voulez avoir une idée plus précise de ce que vous devriez manger, je vous suggère le site LaNutrition.fr, auquel participe Thierry Souccar si abondamment cité ici, où vous trouverez notamment les quantités de calcium disponible dans les aliments, et les manières alimentaires d’être équilibré dans son métabolisme.

« Mais pourquoi elle nous parle de son obsession anti-lait? », vous demandez-vous peut-être… Premièrement parce que nous avons tendance à donner trop tôt et en trop grandes quantités des produits laitiers à nos enfants, jeunes ou moins jeunes – les scientifiques, que je pense les plus crédibles, conseillent à présent de limiter à 1 portion par jour au grand maximum les laitages. Mangez mieux en général, bougez plus, et jeter le lait…!

Deuxièmement parce que les femmes enceintes se font casser les oreilles par les exigences médicales pour consommer plus de produits laitiers (alors qu’il faudrait plutôt varier son alimentation!). Mon médecin (un très grand crétin, mais je vous en parlerai une autre fois) avait prescrit 2 litres de lait par jour au minimum, et des suppléments de calcium quand il a su que je suis intolérante au lactose.

Je terminerai avec une citation de Woody Allen (mise à jour: dans Annie Hall (1977)), tirée du livre de Souccar (2007, p. 27), parce que je la trouve très drôle:

Tout ce qui est bon selon les parents, ne l’est pas.
Le soleil, le lait, la viande rouge, le collège.

 

Mises à jour:
1er octobre 2012 (erreurs de français).
11 novembre 2012 (source de la citation de Woody Allen)

(1) Si vous croyez que « du lait, c’est du lait », allez donc jeter un coup d’oeil sur la composition des laits de différents mammifères sur Wikipédia. Pour faire rapide, le lait de vache est plus gras que le lait humain, contient plus de protéines (mais seulement pour la caséine et non pour l’albumine), et a plus de matière minérale. Il est par contre moins riche en lactose. Je maintiens donc mon point de vue « chimpanzé »: ce qu’il y a de mieux pour la marmaille, c’est le lait de leur maman (ou d’un autre humain de substitution).

(2) L’article de Wikipédia sur le sujet et Souccar (2007, p. 93) parlent même de 75% des gens à travers le monde qui ne pourraient consommer de lait sans éprouver des symptômes désagréables!

(3) Désolée, c’est ma marotte: je considère que les termes « blancs » et « noirs » (et encore plus « jaunes » ou « rouges ») sont absolument ridicules quand on discute de catégories de personnes. La référence à une (quelconque) couleur de peau est risible: je ne suis pas blanche, mais pêche, et je ne connais personne qui puisse rivaliser avec mon manteau noir en termes de teinte foncée. Nous sommes tous sur un continuum qui va du brun très très pâle à du brun très très foncé, avec une moyenne de « bruns ». Donc, je parle d’Américains pâles, en contraste avec des Américains foncés (d’origine africaine plus ou moins lointaine) et des Amérindiens. Ah oui, et pour les cousins d’Europe, les Indiens, ça vient de l’Inde!

(4) Je n’ai pas pu résister à vous retranscrire le tableau suivant: il s’agit de l’ensemble des symptômes relevés chez 133 patients pendant 48 heures après ingestion de 50g de lactose (l’équivalent d’un litre de lait) (MATTHEUWS SB (2005). « Systemic lactose intolerance: a new perspective on an old problem », Postgrad Med J, no 8, 167-173, résultats cités in: Souccar, 2007, p. 99).

Symptômes Pourcentage de patients
présentant ces symptômes
Douleur abdominale 100
Distension abdominale 100
Borborygme 100
Flatulence 100
Diarrhée 70
Constipation 30
Nausée 78
Vomissement 78
Mal de tête et vertige 86
Perte de concentration,
trouble de la mémoire à court terme
82
Douleur musculaire 71
Douleur, raideur,
gonflements articulaires
71
Allergie (eczéma, prurit,
rhinite sinusite, asthme)
40
Arythmie 24
Ulcères de la bouche 30
Maux de gorge moins de 20
Mictions fréquentes moins de 20

Résultats personnels: comme je souffrais à la fois de rhinite sinusite, d’asthme et de reflux gastriques, j’ai fait un petit test maison en 2008 environ pour voir quels seraient les conséquences d’une absence de lactose dans mon alimentation. J’ai cessé complètement le lait pendant une semaine (je prenais généreusement les 2 portions recommandées par jour (environ 2 tasses ou 500 ml), pour ensuite réduire les quantités à 2 à 3 cuillères à table par jour (environ 30 à 40 ml), soit ce que je mets dans mes cafés).

Depuis, je n’ai plus de reflux gastriques (sauf avec certaines marques de croustilles), et je n’ai presque plus de symptômes d’allergie (rhinite). Ma pompe à asthme n’a pas été renouvelée en 2010, puisque je ne l’utilise plus. Je ne suis que légèrement intolérante au lactose, mais quelle différence ça a été pour moi de diminuer ma consommation de lait!

(5) Vous remarquerez sûrement que je me base abondamment sur le livre de Thierry Souccar, Lait, mensonges et propagande (2007). C’est vrai, M. Souccar est un journaliste scientifique (certains mettront d’emblée en question ses compétences pour juger d’un dossier de nutrition et de santé). Par contre, j’ai rarement vu un livre accessible au grand public et qui fait preuve d’autant de sérieux en termes de recherche documentaire. Non seulement c’est bien écrit, bien expliqué et clair, mais c’est en plus appuyé par des références scientifiques qui seront difficiles à réfuter. Si vous avez des doutes sur ce que je raconte, allez voir son livre. Si vous vous méfiez de ses conclusions, allez voir ses sources.

(6) Dans les études scientifiques, on parle de cooccurrence (ou concomitance ou co-variation) lorsque 2 variables (éléments qui peuvent influencer un phénomène) apparaissent simultanément, souvent à cause d’une 3e variable (cf. Amyotte, 2002, p. 384).

Le retour des sushis et de la question du poisson

En lien avec mon précédent article sur l’interdit des sushis durant la grossesse, j’ai finalement obtenu une réponse d’une Japonaise (merci, Yasuko!), que je cite:

About sushi and pregnant woman, I have heard about this worry in the west. I have never heard of anything like this in Japan, but these days, they are recommending to not to eat or eat less fish during pregnancy whether they are raw or cooked for the ‘mercury’ contamination. Japanese Ministry of Health and Welfare has a guideline for this. As for the raw fish, it seems that Japanese women nowadays tend to avoid it during pregnancy for the reason of food poisoning, but not for the worms in the fish. However, overall, I have an impression that Japanese women do not really care.

**Ma traduction: À propos de sushi et de femme enceinte, j’ai entendu parler de cette inquiétude en occident. Je n’ai jamais entendu quelque chose du genre au Japon, mais aujourd’hui, il est recommandé de ne pas manger ou de manger moins de poisson durant la grossesse, qu’il soit cru ou cuit, à cause de la contamination au « mercure ». Le Ministère de la santé et des services sociaux japonais a une directive à ce propos. En ce qui concerne le poisson cru, il semblerait actuellement que les Japonaises ont tendance à l’éviter durant leur grossesse à cause de l’empoisonnement alimentaire, mais pas pour les parasites présents dans le poisson. Cependant, dans l’ensemble, j’ai l’impression que les Japonaises ne s’en soucient pas vraiment.

 

Allez, on se met en appétit encore une fois: boîte de sushis à emporter (source de l’image: Wikipédia).

Donc, c’est le poisson en général qui serait visé (et non les sushis en particulier) par le Ministère japonais. Il me reste encore des questions à propos de l’alimentation des Japonaises:

  • Est-ce que la diminution (ou l’arrêt) de poisson est très difficile à respecter au quotidien?
  • Autrement dit: quelle est la place du poisson dans l’alimentation japonaise, quelles sont les quantités consommées habituellement?

Bon, ça attendra.

Après vérifications pour comparer, les consignes sont à peu près les mêmes du côté de l’Institut national de santé publique du Québec:

- Essayez de mettre du poisson à votre menu au moins deux fois par semaine.
- Faites bien cuire vos viandes, volailles, oeufs, poissons et fruits de mer, de même que tous les mets qui contiennent ces aliments. (La chair doit être bien cuite, même à l’intérieur, et le liquide qui s’en échappe doit être clair. (…)
- Consommez des poissons qui contiennent habituellement peu de contaminants: saumon, truite, hareng, aiglefin, thon pâle en conserve, goberge, plie (sole), flet, anchois, omble, merlu, suceur ballot, éperlan, maquereau de l’Atlantique et poissons blancs de lac.
- Préférez, parmi les poissons de pêche sportive, ceux que l’on peut consommer sans restriction: alose, éperlan arc-en-ciel, grand corégone, omble de fontaine et autres truites, saumon et poulamon.
- Limitez la consommation:
* de thon blanc en conserve à 300 grammes (100 onces) par semaine (environ deux boîtes de conserves de 170 grammes);
* de thon frais ou surgelé, de requin, d’espadon, de marlin, d’hoplostète et d’escolier à 150 grammes par mois (5 onces).
- Évitez la consommation fréquente d’achigan, de brochet, de doré, de maskinongé et de touladi (truite grise). Si vous consommez régulièrement des poissons de pêche sportive, vous pouvez vous informer de leur niveau de contamination et des fréquences de consommation recommandées. (voir le texte original pour les sources d’informations).
(Doré, Le Hénaff et l’Institut national de santé publique du Québec, 2012, p. 46-47).

 

Un consensus se dessine autour de l’élimination ou de la restriction de consommation du thon pour les femmes enceintes. Ici, le modèle « innoffensif » du thon blan (source de l’image: Wikipédia).

Pas un mot sur les sushis dans ce guide de Doré et al., distribué gratuitement aux futurs parents du Québec depuis la fin des années 70 (!). Les poissons déconseillés sont des carnivores (piscivores) notoires (ex: requin, achigan), d’où l’accumulation de contaminants dûe à leur position haute dans la chaîne alimentaire.

Par contre, selon ce que j’ai pu trouvé, l’escolier serait à bannir à cause d’histoires d’empoisonnement alimentaire à Hong Kong aux débuts des années 2000 (cf. Wikipedia) et au Canada en 2007. Le lien me semble quelque peu nébuleux (poisson mal identifié au supermarché, apparemment non comestible, mais qui n’était pas de l’escolier pour Hong Kong; poisson mal identifié (encore!) mais bien de l’escolier, qu’il faut consommer en quantités raisonnables sinon il est indigeste parce que trop huileux). Je n’ai pas trouvé d’informations sur son alimentation (donc sur sa place dans la chaîne alimentaire): ce serait donc le danger de diarrhée qui motiverait la mise au ban de l’escolier.

Dessin du fameux escolier (Ruvettus pretiosus) à bannir de votre table si vous êtes enceinte: il risque de vous causer des ennuis gastrointestinaux (source de l’image: Wikipédia).

Pour continuer mon enquête, j’ai pu comparer la version de 2008 (papier) avec celle de 2012 (en ligne) du guide Mieux vivre avec notre enfant (Doré et al.) et elles diffèrent peu: on a ajouté plus de détails entre les deux (sortes de poissons et quantités plus précises).

Couverture du guide Mieux vivre avec notre enfant (version 2012). (source de l’image: saisie d’écran sur le site de l’Institut national de santé publique du Québec).

J’avoue être trop paresseuse pour le moment pour jeter un oeil dans de plus vieilles versions. Pour être vraiment systématique, il faudrait:

  1. vérifier de quand date l’engouement au Québec (et ailleurs en occident) pour les sushis. Les traces de ce genre de changement ne sont pas toujours faciles à dénicher. Selon mes recherches préliminaires, sur Wikipédia, on dit qu’au Japon, on peut remonter jusqu’au 5e s. AEC (avec l’arrivée de la riziculture) pour trouver les premiers sushis (1). Sur le versant anglais de Wikipédia, on rapporte la première écriture du terme « sushi » dans un livre en anglais de 1893 (mais il faut tenir compte d’un dictionnaire anglais-japonais de 1873 où on repère une entrée pour le mot). Du côté français, le Petit Robert (2006) mentionne 1971 comme moment d’adoption du terme. Signalons les premières mentions de sushi consommé hors Japon (en Angleterre et aux États-Unis) en 1953. Il faudrait donc situer l’adoption du sushi dans la cuisine occidentale au moins après la Deuxième Guerre mondiale.
  2. vérifier aussi dans les guides pratiques à l’usage des futurs parents (par exemple celui de Doré et al.), mais aussi dans la littérature spécialisée, si on fait référence à un quelconque danger directement lié à la consommation de sushis, et surtout à partir de quand apparaît cette mise en garde.

Par la suite, on serait en mesure de croiser les 2 phénomènes (engouement du sushi et interdit). Il s’agit peut-être ici d’une rumeur provenant d’une ancienne précaution (2).

Le dossier reste ouvert. Si vous voyez passer quelque chose, faites-moi signe!

Mise à jour: 1er octobre 2012: ajout du remerciement pour la réponse.
15 octobre 2012: 2 corrections de fautes de frappe.

(1) AEC signifie « avant l’ère commune » ou « avant l’ère chrétienne ». En gros, ça signifie la même chose que le av. J.-C. plus classique, puisqu’on ne change pas les dates, mais on y enlève un peu d’ethnocentrisme (qui est la « Tendance à privilégier le groupe social auquel on appartient et à en faire le seul modèle de référence » (Le Petit Robert 2006)). En effet, la vision de l’histoire selon laquelle on compte les années à partir de la naissance de Jésus-Christ est à la fois irrespectueuse pour les non-chrétiens et ridicule quand on parle de sociétés non-occidentales.

(2) J’ai toujours l’impression que l’information circule avec beaucoup de retard. Par exemple, j’estime (mais c’est loin d’être scientifique) à environ 20 ans le retard entre les disciplines. Il arrive ainsi souvent qu’une théorie sera réutilisée dans un autre contexte beaucoup d’années après sa formulation, ou même son abandon dans le domaine d’origine: par exemple, le constructivisme est né en épistémologie (19e s.), mais a été adapté dans l’art russe (1910), en psychologie (années 20), en anthropologie (années 50), en mathématiques, en sociologie et en politique (années 60), et en pédagogie (années 80). De la même façon, je pense qu’il faut à peu près 50 ans pour que des connaissances très spécialisées parviennent à se généraliser dans le grand public. À mon humble avis, on aurait donc ici quelque chose d’ancien avec la crainte des sushis, et qui n’est plus nécessairement à jour.

Au menu aujourd’hui: sushis!

Une fois n’est pas coutume: parlons bouffe. En fait, je m’aperçois en y pensant que j’en parle assez souvent: allaitement, nourriture de chimpanzés, etc. Mais je n’en ai pas parlé tellement en ce qui concerne la maman (accomplie ou à venir).

En fait, mon intérêt pour une approche anthropologique de la maternité et de la grossesse m’est venu lors de ma propre gestation, (mise à jour) alors que j’ai dû faire face (et vous en avez sûrement entendu parler) à l’interdit de consommation de sushi durant la grossesse.

Différentes sortes de sushis: miam! l’eau me vient à la bouche! Je vous avoue, lecteur/trice, que je suis vraiment contente de ne pas être enceinte pour pouvoir en manger à ma guise (source de l’image: Wikipédia).

Bon, d’accord, il y aurait des raisons. J’en ai trouvé 2 des plus fréquentes:

  • la présence dans les sushis de poissons (comme le thon) qui sont haut placés dans la chaîne alimentaire, donc qui mangent eux-mêmes beaucoup de poissons qui sont contaminés avec des produits nocifs (comme le mercure) – ma réponse: éviter les sushis au thon!
  • le fait que les poissons dans les sushis ne sont habituellement pas cuits, ce qui pourrait causer la présence d’une bactérie, la Listeria monocytogenes, elle-même responsable de la listériose. Et là, on entre dans les horreurs pour le foetus et la femme enceinte: avortement ou accouchement prématuré, infections intra-utérines ou cervicales, etc.

En passant, dans ces liste abominables, on ne donne jamais de statistiques: combien de femmes enceintes ayant consommé des sushis ont réellement souffert de ces problèmes de santé? 1 sur 1000? 1 sur 1 000 000? encore moins (1)?

À noter aussi que, dans la majorité des cas (mise à jour: genre mon médecin!), on n’explique pas pourquoi on ne devrait pas manger de sushis enceinte. Et moi, ça me met dans tous mes états de ne pas comprendre.

Finalement, la question qui tue à propos de toute cette affaire: est-ce qu’on interdit aussi aux Japonaises de manger du sushi?

Comme je ne comprends pas le japonais, je n’ai pas encore de réponse. Mais si vous pouvez m’aiguiller, vous êtes plus que bienvenus!

Mise à jour (reformulations): 13 juillet 2012

(1) Je me suis aussi posée les questions suivantes:

  • Qu’est-ce qui est le plus dangereux: prendre sa voiture et faire un accident, ou manger des sushis?
  • Si le danger est tellement important pour les sushis, pourquoi n’interdit-on pas aussi les moyens de transport pour les femmes enceintes?
  • Pourquoi ne pas tout simplement enfermer les femmes enceintes à l’hôpital, avec menu contrôlé, jusqu’à leur accouchement, tant qu’à y être?

J’exagère, mais vous voyez où je veux en venir: je comprends parfaitement l’idée de gérer les risques en évitant des comportements notablement nuisibles pour la femme ou l’enfant.

Mais il y a aussi des risques qu’on ne peut pas éviter, à moins d’être un peu marteau et d’appliquer ma dernière solution – j’ai déjà expliqué à ma grand-mère qui avait peur que je marche jusque chez elle que je devrai éviter de me lever le matin, de peur de glisser sur une chaussette oubliée par terre et de me casser le cou.

Et il y a finalement des risques qu’on peut/doit choisir de courir (par exemple, de continuer à sortir de chez soi et de prendre une voiture). À ce sujet, il serait bien que quelqu’un nous fournisse les vraies statistiques de risque, histoire que nous puissions prendre des décisions éclairées: manger des sushis ou non, prendre une voiture ou non, traverser la rue ou non (oui, ça aussi, c’est dangereux!).

Éléments pour la maternité chez les Nuer

J’ai lu il y a peu un livre classique en anthropologie, The Nuer de Evans-Pritchard, publié pour la 1ère fois en 1940.

Evans-Pritchard (1902-1973) est une figure importante de l’anthropologie dite britannique. Comme dans beaucoup de sciences, l’anthropologie est séparée en écoles de pensée. L’anthropologie britannique a notamment développé le principe de l’immersion prolongée dans une culture pour favoriser son étude (ce qu’on appelle aujourd’hui le terrain, avec une technique de collecte de données nommée l’observation participante). Ainsi, Evans-Pritchard a passé une grande partie de sa vie en Afrique, étudiant tour à tour les Azandé et les Nuer principalement (source de l’image: Wikipédia).

Les Nuer vivent aujourd’hui dans le Soudan du Sud, et dans l’Ouest de l’Éthiopie. Petite parenthèse: depuis sa création en 1956, le Soudan a subi 2 guerres civiles (dont la dernière vient de se terminer). Vous avez peut-être entendu parler du Darfour, vous savez peut-être qu’il y a une majorité musulmane au Nord et une autre chrétienne (avec d’autres religions) au Sud. Pour faire une histoire courte, le Soudan du Sud vient de faire sécession, en juillet 2011. Il n’est pas reconnu encore par tous les pays, mais c’est en voie de se faire (mise à jour du 4 juillet 2017: la communauté internationale a reconnu le Soudan du Sud dès 2011, mais il y a des problèmes avec le tracé des frontières et la guerre civile y sévi depuis 2013).

Carte de la région (d’après le CIA World Factbook), où la République du Soudan est en pâle. Le tracé de la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud est sujet à litiges. Pour situer les Nuer, qui nous intéressent ici, il faut suivre le cours du Nil Blanc (dans le Soudan du Sud) et du Nil Bleu (en Éthiopie) (source de l’image: Wikipédia).

Les Nuer, comme les autres peuples de la région, ont souffert des ravages de ces guerres civiles. Il y a aussi, pour rajouter du piquant à l’affaire, une question de ressources de pétrole à exploiter, et dont les divers propriétaires n’aident traditionnellement pas à régler les conflits.

La seule photo d’un Nuer que j’ai pu trouver sur Wikipédia. Il s’agit d’un jeune garçon, qui appartient à une famille de réfugiés soudanais. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il a moins de 16 ans (parce qu’après, il aurait des cicatrices dans le front dues à son initiation).

Les Nuer ont été étudié dans les années 30 par Evans-Pritchard, en partie parce que le gouvernement colonial anglais avait des difficultés à contrôler cette population. À l’époque, les Nuer causaient un vrai casse-tête avec leur structure politique sans chefs, sans État et sans responsable à corrompre et à gagner à la cause britannique.

Evans-Pritchard a eu maille à partir avec les Nuer, qui ont commencé par lui interdire l’accès à leurs campements, qui se moquaient ouvertement de lui, et qui profitaient de lui autant qu’ils le pouvaient (en lui quémandant constamment cigarettes, chocolat et autres gâteries). À force de patience, il a réussi à parler avec certains d’entre eux. Par contre, on ne peut pas parler ici d’un terrain réussi (en ce sens où il ne pouvait pas vraiment « vivre » avec les autochtones), et Evans-Pritchard lui-même est très critique par rapport aux résultats dont il fait rapport dans son livre.

En gros, les Nuer étaient, dans les années 30, des nomades éleveurs de bétail (surtout bovin, mais aussi caprin et ovin), et pratiquaient un peu d’agriculture (du millet).

Une vache abigar, commune chez les Nuer. Ici, l’homme est de l’ethnie dinka, voisine des Nuer, et qui en subissait fréquemment les razzias pour voler le bétail. D’où, probablement, une convergence dans le type de vaches retrouvées dans cette région… (source de l’image: Wikipédia).

Les vaches, chez les Nuer, étaient l’objet de tous les soins, puisqu’elles constituaient une des principales sources de nourriture. Ils élevaient du bétail surtout pour le lait, bien que divers produits de la vache aient été utilisé dans la vie économique courante: cornes, vessie, peau, sabots, viande (rarement), urine, bouse, etc. La vache est au coeur de la vie: son rythme (traites, aller-retour aux champs) guide celui du village, elle est la richesse d’une famille.

Even when millet is plentiful it is seldom eaten alone, for without milk, whey, or liquid cheese, Nuer find it stodgy, unpalatable, and, especially for children, indigestible. They regard milk as essential for children, believing that they cannot be well and happy without it, and the needs of children are always the first to be satified even if, as happens in times of privation, their elders ahave to deny themselves. In Nuer eyes the happiest state is that in which a family possesses several lactating cows, for then the children are well-nourished and there is a surplus that can be devoted to cheese-making and to assisting kinsmen and entertaining guests. A household can generally obtain milk for its little children because a kinsman will lend them a lactating cow, or give them part of its milk, if they do not possess one. This kinship obligation is acknoledged by all and is generously fulfilled, because it is recognized that the needs of children are the concern of neighbours and relatives, and not of the parents alone. (Evans-Pritchard, 1969: 21)

* ma traduction: Même lorsque le millet est abondant, il est rarement mangé seul, car sans lait, sans petit-lait ou sans fromage, les Nuer le considèrent comme lourd, mauvais au goût et, surtout pour les enfants, indigeste. Ils voient le lait comme essentiel pour les enfants, croyant que ces derniers ne pourraient être bien et heureux sans lui, et les besoins des enfants sont toujours satisfaits en priorité, même si, en temps de privation comme cela arrive parfois, leurs aînés doivent s’en priver. Aux yeux des Nuer, le bonheur se résume à une famille qui possède plusieurs vaches laitières, parce que dans ce cas les enfants sont bien nourris et il y a un surplus qui peut être consacré à la production de fromage, à l’entraide dans la parenté et à la réception d’invités. Une maisonnée peut généralement obtenir du lait pour ses bambins parce qu’un membre de la parenté lui aura prêté une vache laitière, ou donné du lait, si elle ne possède pas une telle vache. Cette obligation de parenté est reconnue par tous, et est généreusement remplie, parce que tous s’entendent sur le fait que les besoins des enfants sont une question de voisins et de parents plus lointains, et non des parents seuls.

Evans-Pritchard (1969: 38) raconte que les enfants, dès qu’ils savaient ramper, étaient mis en contact avec les troupeaux de vaches chez les Nuer. Ils étaient souvent couverts de bouse, à force de se rouler dans les enclos à bétail (qui étaient leur terrain de jeux). Notons que les excréments bovins servent non seulement de combustibles une fois séchés, mais que leurs cendres sont utilisées pour se laver les dents, se couvrir le corps et se coiffer (Evans-Pritchard, 1969: 30, 37). Les murs (intérieurs et extérieurs) et les planchers des huttes sont également recouverts de bouse.

Il ne s’agirait pas ici de négligence, mais bien d’habitudes culturelles: les vaches et les humains vivaient en symbiose, l’un ne pouvant survivre sans l’autre. Comme la vache faisait partie de la vie quotidienne, il était donc normal que les poupons soient mis à ses côtés très tôt. Les chèvres et les moutons servaient également aux jeux des bambins (Evans-Pritchard, 1969: 38).

On donnait du lait frais de vache, de brebis et de chèvre aux enfants (et eux seuls le consommaient pour les 2 dernières espèces), tandis que le lait de vache devait être transformé pour alimenter les adultes sous forme de fromage, de beurre ou de petit-lait (Evans-Pritchard, 1969: 23 et 25).

Evans-Pritchard (1969: 38) interprète les sentiments d’attachement envers le bétail (vaches, moutons, chèvres) chez les enfants comme :

probably dominated by desire for food, for the cows, ewes, and she-goats directly satisfy their hunger, often suckling them. As soon as a baby can drink animal’s milk its mother carries it to the sheep and goats and gives it warm milk to drink straight form the udders. (Evans-Pritchard, 1969: 38)

*ma traduction: probablement dominés par le désir de nourriture, puisque les vaches, brebis et chèvres satisfont directement leur faim, et sont souvent tétées par les enfants. Aussitôt que le bébé peut boire le lait de l’animal, sa mère le transporte à la brebis et à la chèvre et lui donne du lait frais à boire directement des pis.

Outre cet amour pour la vache, du côté de la maternité, les Nuer ont bien sûr des conceptions bien à eux. Entre autres, le mari doit répondre de ses actes si sa femme meurt durant la première grossesse ou le premier accouchement.

If a wife dies in her first pregnancy or childbirth the husband is held responsible. There is no question of a feud arising (1), but the husband loses the bride-cattle he has paid, since these now become blood-cattle for the loss of his wife. The husband is only responsible if the death occurs during childbirth before expulsion of the afterbirth. If there is any dispute about the mode of death or the number of cattle that are still owing it is settled by a mediator called kuaa yiika or juaa yiini, ‘ the chief of the mats’, an office which pertains to certain lineages. This man has no other office and is not an important person in virtue of his role of arbitrator in dispute of this kind. It is easy to obtain compensation, as the father-in-law has the bride-wealth in his possession. There is, moreover, a tie of affinity and neither party is likely to resort to violence. (Evans-Pritchard, 1969: 168. note ajoutée par moi).

*ma traduction: Si une épouse meurt durant sa première grossesse ou son accouchement, le mari est considéré comme responsable. Il n’est pas question d’une amorce de querelle (1), mais le mari perd le prix de la fiancée en bétail qu’il avait payé, étant donné que ces bêtes sont devenues des prix du sang pour la mort de l’épouse. Le mari est seulement responsable si la mort survient lors de l’accouchement avant l’expulsion du placenta. S’il y a dispute sur la cause de la mort ou sur le nombre de bêtes qui sont encore en possession, il y a intervention d’un médiateur appelé kuaa yiika ou juaa yiini, ‘le chef des nattes’, une charge officielle appartenant à certains lignages. Cet homme n’a pas d’autre fonction et n’est pas une personne importante en vertu de son rôle d’arbitre dans des disputes de ce genre. Il est facile d’obtenir compensation, étant donné que le beau-père avait le prix de la fiancée en sa possession. Il y a, en outre, un lien d’affinité, et donc peu de chance qu’un des deux partis recourt à la violence.

La mortalité lors de l’accouchement est suffisamment fréquente chez les Nuer pour qu’une institution sociale soit prévue en de tels cas (Evans-Pritchard, 1969: 168). La question qui est reste en suspens à mon avis est de savoir si le mari est responsable de la mort de la parturiente parce qu’elle n’a eu qu’un seul enfant (alors qu’elle aurait dû en avoir plusieurs)…

(1) Dans le cas de la mort d’un homme, le coupable est tenu responsable, mais la famille du mort cherchera à le venger. Il y aura une vendetta (cf. Evans-Pritchard, 1969).

Imitation et alimentation

Mon fils de 2 ans raffole des cornichons épicés. Et des mets indiens. Et des tacos avec beaucoup de tabasco.

Tout simplement parce que nous en mangeons, son père et moi, et que nous n’avons jamais hésité une seconde à lui faire goûter ce qu’il demandait à goûter (bon, sauf le café et l’alcool, mais ce n’est pas pour les grands garçons). En passant, j’ai réussi à négocier avec lui de ne pas toucher à mon café mais de souffler dessus. Et il joue avec un service à thé à prendre du café.

Réjouissons-nous: le café est toujours légal, même si c’est une boisson psychotrope (qui agit sur le psychisme). Je ne conseille pas d’en prendre avant un certain âge: personnellement, je pense que sa consommation devrait être inversement proportionnelle au niveau de scolarité du jeune (source de l’image: Wikipédia).

En fait, je me suis beaucoup basée sur l’alimentation du chimpanzé. Voici donc quelques points dignes d’attention:

  1. Le chimpanzé est un omnivore, qui mange surtout des fruits. Les protéines animales lui viennent des termites et autres insectes, du poisson, des reptiles, des oiseaux et de leurs oeufs et de petits mammifères (antilopes, autres espèces de singes, porcins). Le cannibalisme existe, et ce sont surtout des jeunes animaux qui sont mangés par des plus vieux (Parc forestier et zoologique de Hann).
  2. La femelle chimpanzée nourrit son petit au lait durant 2 à 3 ans. Si on tient compte des soins que les jeunes nécessitent (portés par leur mère jusqu’à 2-3 ans), on ne s’étonne pas que la femelle ne soit en chaleur qu’à des périodes assez éloignées (tous les 1 1/2 à 3 ans) (Parc forestier et zoologique de Hann).
  3. Le petit chimpanzé se fie à sa mère pour lui signaler ce qui est comestible de ce qui ne l’est pas. Les jeunes essaient beaucoup plus de nouveaux aliments que les plus vieux (Lestel, 2003, p. 111).

En résumé: j’ai nourri longtemps mon fils au lait maternel (14 mois, et il a décidé tout seul d’arrêter), j’ai commencé à lui donner des fruits (comme premiers aliments solides), je l’ai laissé mettre plein de trucs dans sa bouche.

Jeunes chimpanzés folâtrant dans le sanctuaire de Jane Goodall au Congo Brazzaville (source de l’image: Wikipédia).

Pour ceux/celles que cela inquiète, je pense qu’il est normal qu’un poupon explore son environnement avec tous ses sens. Y compris le goût. Il faut, bien entendu, contrôler certains objets. Par exemple, la litière du chat a toujours été inaccessible.

Mais j’ai emmené mon fils au parc, dans le bac à sable, autour de 11 mois (dès qu’il a commencé à faire beau au printemps). Je me suis assise dans le sable avec lui, et il a eu le droit de mettre tout ce qui ne s’avale pas dans sa bouche (bâtons, pierres, feuilles…). Il « trempait » régulièrement ses bâtons couverts de bave dans le sable, et retour dans la bouche. Je l’ai laissé faire, malgré d’autres parents qui me disaient: « Il se met du sable dans la bouche! » (« Oui, mais ça lui bâtit un bon système immunitaire! »). Il a fait ce petit manège deux semaines. Je vous jure. Après deux semaines, je ne l’ai jamais vu prendre quelque chose de l’extérieur et le mettre dans sa bouche (mise à jour: il faut tout de même se méfier des « jouets » en forme d’aliments qui ont l’air parfois délicieux…). Il faut dire qu’une bouchée de sable, ça décourage son homme.

Tout ceci pour répéter mon idée de départ: le bébé est un petit singe, qui apprend énormément par imitation. Pour le faire manger de tout, il faut soi-même être omnivore. Évitez les grimaces de dégoût (à moins que vous ne vouliez en faire un être difficile et capricieux).

Un souk de Marrakech (Maroc), avec des montagnes d’épices. Moi, ça me met l’eau à la bouche, et du bonheur plein les yeux (source de l’image: Wikipédia).

Bien sûr, il y a des trucs que mon fils refuse de manger. Nous lui demandons de goûter, mais il a le droit de ne pas aimer. Je ne peux pas vous garantir que cette méthode fonctionnera pour chaque enfant (ils ont leurs différences…!). Mais, pour le moment, mon fils est un fin gourmet.

Mise à jour: 25 décembre 2011