Brève 12: Des dangers de l’accouchement

Je suis tombée ce matin sur cet article de IFLS, qui parle des taux de décès chez les mères liés à la grossesse. Ainsi, le Texas aurait le taux le plus élevé des États-Unis (35,6 décès pour 100 000 naissances contre 23,8 pour 100 000 pour le pays en 2014 (source: IFLS)), mais aussi de l’ensemble des pays développés (à l’exception du Mexique (1)).

D’une part, ces statistiques vont à l’encontre d’une tendance mondial, celle de la diminution des décès (sources: The Guardian et Wikipedia). Ainsi, on estimait qu’entre 1980 et 2008 les mortalités maternelles avaient diminué de 1,4% par année, et que l’ensemble des populations avaient bénéficié, entre autres mais principalement, des apports de la médecine pour passer de 500 000 décès par année (en 1980) à 343 000 (en 2008) (source: The Guardian).

D’autre part, quand on essaie de comprendre pourquoi le Texas (et les États-Unis) ont un problème criant de mortalité maternelle, on fait rapidement des liens avec le manque de ressources données aux femmes enceintes (notamment par les attaques (2) depuis 2010 contre les cliniques de Planned Parenthood, qui s’occupent certes des avortements, mais plus généralement de contraception et sont en première ligne pour la santé féminine globale), et avec le racisme (plus de décès de femmes à la peau foncée, Afro-américaines et Latino-américaines) (sources: IFLS et Associated Press). Par contre, on ignore encore les détails sur les relations entre les phénomènes de sexisme et d’idéologie pro-vie, ainsi que celui du racisme peuvent influencer la mortalité maternelle.

Personnellement, ça m’étonne assez peu comme nouvelle. J’ai également eu un moment de « ah-ha! » en voyant que l’Afghanistan se plaçait dernière dans la liste des pays classés par taux de mortalité maternelle (source: The Guardian) en 2008.

(1) J’ai cherché un peu pour savoir le taux de décès maternels au Mexique, mais je n’ai pas trouvé de statistique pour 2014 (ou de statistiques plus récentes pour chaque pays). J’ai trouvé pour 2008 ici, mais utiliser ces données est problématique pour plusieurs raisons. D’une part, ça commence à faire loin (presque 10 ans au moment où j’écris ces lignes), et d’autre part, l’article de IFLS souligne l’augmentation des taux de décès aux États-Unis depuis 2000.

(2) Je parle ici du retrait des subventions gouvernementales, ainsi que des lois protégeant et permettant l’accès à des contraceptions et à l’avortement qui sont retirées ou amoindries, quand ce n’est pas carrément des lois discriminatoires (on voit ces lois fleurir depuis l’élection de Trump).

Brèves 7: Nommer la violence obstétricale

Je n’ai pas eu le temps de le lire: je suis encore fébrile de cette découverte. Stéphanie St-Amant a fait une thèse de doctorat à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) sur la violence du système médical lors de l’accouchement. Sur-médicalisation, absence de consentement éclairé avant les gestes médicaux, refus de reconnaître cette appropriation sociale et médical du corps de la parturiente… C’est en plein dans ma ligne de mire.

Je vais lire cet ouvrage, c’est certain, et je vous en ferai des commentaires. En attendant, on peut lire une entrevue de Mme St-Amant sur le magazine PlanèteF.

À suivre!

Référence: ST-AMANT, Stéphanie (2013). Déconstruire l’accouchement: Épistémologie de la naissance, entre expérience féminine, phénomène biologique et praxis technomédicale.Thèse présentée comme exigence partielle au doctorat de sémiologie, Université du Québec à Montréal, 443 p. [En ligne] Adresse URL: https://www.academia.edu/5700272/

Brève 6: reconnaître les avantages des sages-femmes

Entre l’absence de soins de santé adéquats dans certains pays ou régions, et la surmédicalisation dans d’autres, il y a d’autres avenues: ainsi, The Lancet recommande d’utiliser davantage les services des sages-femmes.

À lire ici un résumé en français: http://www.ledevoir.com/societe/sante/411775/maternite-la-science-plaide-pour-les-sages-femmes

Pour l’original en anglais: http://www.thelancet.com/

Brève 1: Accoucher sur le dos, quelle mauvaise idée!

J’inaugure ici un nouveau type d’articles pour mon blogue: les brèves, autrement dit des informations succintes, que je souhaite vous transmettre sans attendre d’en faire un long texte.

Voici donc sur quoi je suis tombée ce matin: le site Tatoufaux.com, où on rapporte que la position d’accouchement sur le dos est non seulement déconseillée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), mais qu’elle serait responsable d’une augmentation du temps de travail (on parle de un tiers de la durée de l’accouchement qui serait dû à la position d’accouchement sur le dos) et de plus de douleur pour la mère et l’enfant.

J’avoue que ça me fait très plaisir de voir confirmer une fois de plus un de mes sujets fétiches…

(mise à jour: 4 juillet 2017: modification de la présentation de la statistique pour clarté)

Bétisier 2: La douleur chez le poupon

En y repensant, ou bien j’ai rencontré un nombre anormalement élevé de situations faisant ressortir l’incompétence de certaines personnes du domaine médical, ou bien je n’ai pas été chanceuse, ou bien tout s’est « normalement » déroulé (et c’est moi qui suis sceptique sur le bien-fondé de ces pratiques et idéologies).

Donc, je relatais dernièrement deux événements séparés dans le temps d’environ douze heures, et dont le lien ne m’était pas apparu auparavant. À savoir:

  1. Lors de mon accouchement, les battements cardiaques de mon fils ralentissaient à chaque contraction, ce qui avait l’heur d’énerver le personnel médical. Comme on me monitorait constamment, et que les fréquences cardiaques étaient audibles, tout le monde avait pris conscience du phénomène (sauf moi, qui étais trop occupée avec lesdites contractions). On a alors tenté de me convaincre qu’il me fallait une césarienne, parce que (et je cite): « Le bébé a mal à chaque contraction: son coeur ralentit. »
    Un cardiotocographe, appareil utilisé pour mesurer à la fois la fréquence cardiaque du foetus et les contractions de l’utérus de la mère (ou toco) (source de l’image: Wikipédia)
  2. À son premier matin, l’infirmière qui a examiné mon fils a dit qu’il avait le frein de la langue (ou frein lingual) trop court (qu’on appelle aussi ankyloglossie), ce qui pouvait expliquer ses difficultés à téter (et la très mauvaise nuit qu’il avait passé à pleurer constamment, sauf quand l’infirmière que je venais de sonner entrait dans la chambre). Le pédiatre a donc procédé le matin même à une frénotomie linguale (qui consiste à couper avec un ciseau le frein lingual). À froid. Oui, oui, vous avez bien lu. Mon fils n’a reçu absolument aucune anesthésie pour cette chirurgie. Le médecin nous a expliqué qu’il ne serait pas payé pour cet acte (parce que c’était trop simple, et que ça n’en valait pas la peine), que le bébé n’aurait aucune douleur, etc. En parallèle, notons aussi le grand nombre de fois où on a percé le talon de mon bébé pour faire des tests sanguins (ce qui le faisait inévitablement hurler et pleurer), tests fréquents au point qu’il avait en permanence des pansements aux deux pieds (!).
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    Un exemple d’ankyloglossie, malformation du frein lingual, qui peut créer des problèmes pour téter, manger ou parler (source de l’image: Wikipédia)

Alors, de deux choses l’une: ou bien le foetus peut ressentir de la douleur, ou bien le poupon n’est pas sujet à la douleur. Dans le premier des cas, il faudrait vraiment beaucoup de bons arguments pour justifier tous les actes médicaux sans aucun souci pour les sensations du nouveau-né (en ce qui concerne mon fils, sa frénotomie et les percements des talons avec un scalpel ou un bistouri – j’avoue confondre les 2 instruments, mais seule la lame du bistouri peut être retirée). Je vois mal comment on passerait de l’état de foetus sensible à nouveau-né insensible!

Dans le deuxième des cas – inexistence de la douleur -, s’en servir comme prétexte lors de mon accouchement m’a tout l’air d’une stratégie peu honnête pour forcer la main à une patiente récalcitrante.

De toute façon, prétendre la chose puis son contraire (tout dépendant du contexte et pour rendre les manoeuvres médicales plus faciles pour ses exécutants) ne peut que miner la confiance entre les soignants et la parturiente. Et, à mon avis, il s’agit de fautes graves.

Toujours selon mon opinion, le nouveau-né ressent définitivement les stimuli auxquels il est confronté, ce qui implique la douleur. Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de protestations verbales (il ne sait pas parler, le pauvre!) qu’il n’y a pas sensations désagréables: à preuve: les pleurs et les cris.

Pour le foetus, j’aimerais qu’on m’explique le lien entre fréquence cardiaque et sensations: une fois qu’on aura éliminé toutes les autres causes de fluctuations, je veux bien envisager la relation entre les deux phénomènes.

En attendant, je classe tout ce sujet comme d’énormes bourdes du personnel médical, où, encore une fois, le patient n’est pas en mesure de fournir un consentement éclairé.

« On respire par le nez »

Histoire vécue: lors de mon accouchement, le médecin de garde m’a demandé de ne pas faire de bruit pendant les poussées.

Le système respiratoire humain, avec les poumons et le diaphragme en bas (c’est le muscle principal responsable de l’inspiration et de l’expiration) (source de l’image: Wikipédia).

Ça semble anodin, me direz-vous. Peut-être pas tant que ça. Une des conséquences indirectes de ne pas faire de bruit, c’est qu’il faut bloquer sa respiration (vous essayerez autrement, pour voir, durant un accouchement!). Donc, soit garder l’air dans les poumons, soit rester les poumons vides pendant un certain temps. Les spécialistes appellent ça l’anaérobie, où les muscles manquent d’oxygène et produisent de l’acide lactique pour brûler le glucose.

Or, je n’ai jamais vu nulle part d’exercices physiques intenses où on conseillait ne pas respirer. Au contraire: d’habitude, quand on force, il faut expirer, en synchronie avec l’effort (à effort long, respiration lente, et le contraire pour un effort rapide). Cela permet de garder son souffle (c’est le cas de le dire!), mais aussi de pouvoir effectuer le travail (dans les 2 sens ici) en se fatiguant moins. L’important est ici de se concentrer sur le rythme en exerçant au préalable son diaphragme.

Il n’y a pas non plus dans les gyms d’exercice où on vous conseille d’haleter comme un petit chien, (mise à jour) ce qui peut occasionner de l’hyperventilation! (L’image est d’ailleurs assez drôle, d’un grand musclé avec des haltères… mais je m’écarte du sujet.)

On inspirera de préférence par le nez, pour expirer par la bouche, en gonflant le ventre (et non le thorax! – la cage thoracique empêche une pleine amplitude du mouvement).

Si l’expérience vous tente, vous pouvez faire du yoga: outre les fameuses positions, une grande partie des exercices visent le contrôle du souffle. Au Québec, il existe même de nombreuses classes spécialisées pour les femmes enceintes, avec des postures adaptées. Si vous ne suivez pas de cours avec un professeur, faites seulement les entraînements respiratoires (n’allez pas vous blesser en faisant des postures n’importe comment!).

Classe de yoga à l’occidentale (l’apprentissage se fait de disciple à guru en Inde). Ils sont justement en train de travailler la respiration (source de l’image: Wikipédia).

La fin de mon anecdote? Je n’ai jamais tenu compte de la demande de mon médecin. J’ai crié et gémi autant que j’ai voulu (1). À un moment, le médecin m’a dit: « Continue, c’est efficace. » Elle n’a jamais répété son ordre de départ.

Mise à jour: 18 janvier 2013

(1) Une autre fois, je parlerai de la réaction excessive de la médecine occidentale face aux signes de douleur (gémissements, cris) durant l’accouchement… Personnellement, je considère comme parfaitement normal de faire des « bruits » durant le travail. Après tout, oui, ça fait mal! Ah j’oubliais: vous pouvez aussi dire des gros mots: il paraît que ça soulage.

Vue de l’intérieur: Accouchement sous IRM

Tout beau, tout chaud: on vient de dévoiler une vidéo montrant un accouchement sous IRM (imagerie par résonance magnétique). C’est un accouchement de 2010, à l’hôpital de la Charité à Berlin. À voir sur l’article de Sciences et avenir (Lascar, 2012).

On voit ici une image tirée du vidéo: le ventre de la mère est à gauche, son dos est à droite (on voit bien la colonne vertébrale avec les vertèbres = flèche rouge). Le bébé est engagé dans le bassin, bien que je ne saurai dire à quel détroit il est rendu (cercle rouge). Image tirée à l’origine de Sciences et avenir, mais avec des modifications: j’ai retourné l’image pour la mettre à la verticale, je l’ai recadrée et j’ai ajouté la flèche et le cercle rouges.

Mon commentaire: on voit très bien le crâne du bébé se déformer pour pouvoir passer dans le bassin. Et je ne voudrais pas avoir l’air de dire « je vous l’avais bien dit », mais bon… je le dis quand même!

Mention spéciale à la dame qui a accouché dans l’appareil: si en plus de l’inconfort « normal » de l’accouchement il faut se soucier de faire des belles images… Moi j’aurais refusé, même pour la science!

Les détroits du bassin humain

Toujours dans nos histoires de plomberie interne (voir par ici pour la première partie), je poursuis aujourd’hui mes explorations anatomiques de l’accouchement.  En plus, bonus, vous pourrez « jargonner » comme un vrai professionnel de la santé!

Je l’ai dit: le bébé a une grosse tête. Bon. Mais grosse comment? Tout dépend de ce qu’on mesure! Il n’y a que dans les bandes dessinées que les bébés ont des têtes parfaitement rondes. Celles des vrais enfants ont une forme ovale pas tellement géométrique. Démonstration:

Un nouveau-né, quelques secondes après sa naissance. J’ai ajouté, en flèches rouges, l’endroit où la circonférence du crâne est la plus petite (diamètre sous-occipito-bregmatique). Si le bébé rentre bien le menton pour profiter de cet angle d’attaque, ce sera la dimension entre ses oreilles (ou largeur bi-pariétale) qui sera la plus large part devant franchir le bassin (source de l’image: Wikipédia).

Le diamètre sous-occipito-bregmatique correspond à environ 9,5 cm (derrière les oreilles jusqu’en haut du front). Le tour du crâne à cet endroit est d’environ 37 cm (pour un bébé à terme). Par la suite, les 2 plus gros « morceaux » du corps seront ses épaules (12 cm, qui peuvent se réduire à 9,5 cm si bébé rentrent bien ses épaules vers l’avant) et ses hanches (9 cm) (toutes ces mesures proviennent du site Medix). C’est bien simple: si la tête passe, le reste suivra.

Revenons au chemin que bébé doit prendre dans le bassin maternel. Il doit franchir 3 détroits: supérieur, moyen et inférieur (on ne s’embête pas à les nommer, ceux-là!).

  • Le détroit supérieur (12,5 cm)

C’est celui qui est le plus haut. Il correspond à peu près à la forme d’un coeur, puisque la colonne vertébrale chevauche sur l’ouverture. C’est ce qu’on appelle le promontoire. Le bébé doit donc s’aligner en diagonale par rapport au bassin, pour bien profiter de la largeur maximale du détroit.

Une planche anatomique de l’inévitable Gray, montrant les dimensions du détroit supérieur. On notera que la colonne vertébrale (appelée ici le promontoire) grignote l’ouverture du détroit supérieur. J’ai ajouté, en rouge, les ovales montrant les 2 diagonales que peut emprunter le crâne du bébé (source de l’image: Wikipédia. Ovales rouges ajoutés par moi).

Lorsque le bébé se présente bien (avec le menton rentré, la tête la première), il a, grosso modo, 4 positions possibles (1):

diagonale branche
gauche du « coeur »
diagonale branche
droite du « coeur »
face de bébé vers
le ventre de la mère
OIDP : occipito iliaque
droit postérieur (très fréquent)
OIGP: occipito iliaque
gauche postérieur
face de bébé vers
le dos de la mère
OIGA : occipito iliaque
gauche antérieur (2/3 des
accouchements) (2)
OIDA: occipito iliaque
droit antérieur

occiput = arrière du crâne de bébé
iliaque = « grande aile » du « papillon » que forme le bassin
postérieur = face vers le dos de la mère
antérieur = face vers le ventre de la mère
note: les termes « droit » et « gauche » dans les sigles correspondent respectivement aux côtés droit et gauche du bassin de la mère – donc, l’inverse de ce qu’on voit sur l’image.

Les accouchements se font donc le plus souvent dans la diagonale de la branche gauche. À noter que ce qu’on appelle « accouchements par les reins » sont ceux où le bébé fait face au ventre de la mère, et que son dos appuie sur la colonne vertébrale de maman (surtout dans la position que je hais: les pattes en l’air). Ces accouchements par les reins sont réputés pour causer beaucoup plus de douleur.

  • Le détroit moyen et le détroit inférieur (11,5 cm)

Nous allons les traiter ensemble, puisqu’ils représentent la voie de sortie du bassin.

Détroit inférieur du bassin (donc, le bassin vu d’en dessous), avec les diamètres moyens. Merci encore aux planches anatomiques de Gray. J’ai ajouté les flèches rouges pour bien montrer les épines du bassin (source de l’image: Wikipédia). Flèches rouges ajoutées par moi.

Les épines du bassin (voir ci-dessus) rétrécissent le passage du détroit inférieur. La tête ne peut passer que si le bébé a la tête bien enlignée dans l’axe avant-arrière du bassin (il doit faire face à la colonne vertébrale de la mère OU face au nombril de la mère). Dans la majorité des cas, le bébé se placera tête vers la colonne vertébrale. Il devra donc effectuer un huitième de tour sur lui-même (s’il était en OIGA pour le détroit supérieur) ou de 3/8 s’il était en OIDP.

Voilà. Par la suite, on arrive au vagin, et le plus gros du travail est fait.

Résumons-nous: partir la tête en premier, tourner en diagonale, revenir bien au centre, sortir.

Pas étonnant que bébé panique un peu en arrivant à la fin de ce parcours complexe! En plus, il n’a pas eu l’occasion de lire mon blogue, lui, pour se faire expliquer le tout… Il lui manque les bons « tuyaux » (bon, d’accord, je vous épargnerai dorénavant mes plaisanteries douteuses)!

La plus grande partie des informations a été empruntée sur le site de Césarine.

Mise à jour (6 juillet 2012): note sur les côtés droit et gauche

(1) Bien sûr, je ne présente pas ici par exemple les positions par le siège ou par la face, qui sont plus dangereuses et nécessitent la plupart du temps une césarienne.

(2) Source de la statistique: Doctissimo (l’article est par ailleurs proprement illisible).

Un accouchement en bandes dessinées

J’ai toujours adoré la bande dessinée. Alors, entre deux corrections de cette fin de session qui n’en finit plus, je vous offre un petit résumé d’une histoire savoureuse d’accouchement.

C’est dans un livre de Anne Baraou et Fanny Dalle-Rive (2009), publié dans la très renommée maison L’Association, et où on suit le parcours d’Ugoline, maman proche de l’accouchement et au nombril proéminent (moi ça me fascine, ces nombrils qui montrent le bout de leur nez…).

Couverture de la prépublication avec seulement l’histoire d’Ugoline Saine. Les 6 histoires de Baraou et Dalle-Rive ont été regroupées sous un seul album en 2009. Mes citations seront sans page parce qu’il n’y a pas de numérotation dans le livre (saisie d’écran de la page 60 du Catalogue de l’Association 2010).

Il y a une délicieuse absence de faux-semblants, dans ce récit. Ainsi, on apprend dès la première page que Ugoline pète toute la journée, puis qu’elle s’endort n’importe où et qu’elle pisse dans sa culotte. On voit aussi l’espèce de décalage entre les livres sur la grossesse et la réalité. Elle lit tout plein de livres, mais ne semble pas plus éclairée pour autant. En plus, on l’appelle en plein milieu de n’importe quand pour lui demander de venir accoucher « parce que ça [les] arrange mieux maintenant » (!).

La page où Ugoline Saine assiste à des cours prénataux. Les conseils de l’animatrice pour la relaxation reviendront plusieurs fois (et elle répète toujours la même chose, ce qui est hilarant) (source de l’image: saisie d’écran sur le site BDNet).

Durant son travail, on lui interdit de manger (en passant, mesdames, c’est uniquement parce que les infirmières n’ont pas envie de ramasser votre vomi). Elle a un échange avec son mari (copain?) où elle lui raconte que : « Comme le Propess avait déclenché trop fort, ils m’ont piquée au Sufen mais alors j’étais toute groggy, alors ils ont perfusé de l’Ocyto et c’est reparti sévère mais la péridurale a tout calmé alors encore un coup d’Ocyto mais aille aille ouille et on repompe la péridurale… » Comme quoi, la surmédicalisation… on en reparlera, hein?

Elle finit par accoucher, mais ce n’est que le début de la catastrophe. Les infirmières, sages-femmes et aide-soignantes ont toutes un petit air sadique… Elles se mettent à trois pour assommer Ugoline de conseils qui n’expliquent rien et n’aident pas plus. L’hôpital est sale, la bouffe est dégueulasse, les gens entrent sans frapper dans la chambre…

Et puis voilà que surgit le chef de service gynécologique, à qui Ugoline s’écrit « Mon sauveur! [...] Excusez-moi, c’est que toutes ces femmes, depuis des jours, ces femmes qui entrent et sortent sans cesse, ces changements d’équipes de femmes… puis soudain, calmement, un immense homme noir! Vous ne pouvez pas savoir le bien que ça fait! ». Ça fait bien rigoler le médecin, mais je suis plutôt d’accord avec Ugoline… Qu’est-ce qu’on peut en voir, des visages différents, dans ces hôpitaux!

Ugoline a des problèmes à allaiter, et se fait raconter tout et son contraire… Il y a ensuite le dialogue avec une de ces femmes en sarrau (son rôle n’est pas identifié) qui explique: « Vous savez le personnel ici n’a ni la formation ni le temps… Alors tout le monde dit un peu tout et n’importe quoi. » AHHHHHHH enfin un commentaire lucide…!

Bon, je n’ai pas vécu exactement la même chose qu’Ugoline, mais bon sang que ça sonne familier…!

Sur ce, je vous souhaite bonne lecture et je retourne à mon crayon rouge!

Positions pour accoucher

Les filles, il faut qu’on se parle.

Vous avez probablement vu des films avec des naissances dans votre vie. Vous avez peut-être aussi déjà consulté quelques livres sur l’accouchement. Il y a fort à parier qu’on vous ait présenté seulement une position: celle que je nomme « pattes en l’air », avec les « instruments de torture » (aussi connus comme « les étriers »).

Un bel exemple de naissance avec la maman sur le dos, les pieds dans les étriers (les machins pour placer les pieds lors des examens gynécologiques, les filles… oui, moi aussi ça me fait froid dans le dos) (source de l’image: Wikipédia).

Si votre médecin vous demande d’accoucher sur le dos, avec les pattes en l’air, c’est pour une seule et unique raison: il aura une bonne vision de l’endroit où ça se passe. (Mise à jour: il semblerait que ce soit Louis XIV qui ait parti le bal, en voulant voir la naissance de ses enfants. Je ne sais malheureusement pas d’où provient cette information du site QuestMachine, mais c’est une piste très intéressante!)

Une planche de Gray montrant les muscles entourant le périnée: c’est quand même plus élégant qu’une photo de la vraie section anatomique… D’autant plus que j’ai indiqué que le contenu de ce blogue n’était pas réservé aux adultes… (source de l’image: Wikipédia).

Donc, le/la docteur(e) se place sur un petit banc devant la parturiente, qui a les cuisses bien écartées (disons qu’avec les pieds dans les étriers, c’est obligatoire d’être très exposée dans la région des parties intimes). Jusque là, pas de problème.

C’est la position qui m’horripile.

Je vais vous donner les deux raisons majeures qui devraient vous faire refuser avec l’énergie du désespoir d’accoucher sur le dos, avec les pieds au ciel.

  • C’est la meilleure façon d’avoir une déchirure du périnée. Gardez bien en tête la planche de Gray. Le périnée, c’est l’espace entre le vagin et l’anus. Pour ceux/celles que ça intéresse, c’est tout plein de connexions nerveuses (= zone érogène). Par contre, c’est aussi un secteur sensible lors des accouchements: pour que la tête du bébé passe, il arrive souvent que le périnée déchire. Supposément pour prévenir la déchirure (difficile à recoudre), on pratique souvent l’épisiotomie, une coupure au ciseau (donc, volontaire), de biais (voir image tout de suite) – mais les recherches tentent à montrer que cela n’a pas d’avantages et pourrait même être fatal dans plusieurs cas (voir Wikipédia).
Coupez le long de la ligne pointillée pour faire une épisiotomie. On coupe en biais pour éviter une connexion directe avec l’anus (source de l’image: Wikipédia).
  • Le travail les jambes en l’air empêche le bassin de bouger. Pour faciliter le passage de la tête du bébé (c’est le plus gros morceau, et c’est « calculé » très serré dans le secteur du bassin pour le passage pelvien), il faut que les os du bassin puissent jouer. Vous êtes sceptiques? D’accord. Gymnastique tout le monde! Alors, voici deux positions à expérimenter pour faire entrer en mouvement votre bassin:
  1. Contre-nutation: il faut tourner les cuisses vers l’extérieur (imiter la grenouille!), ce qui fait se rapprocher les ischions et s’écarter les ailes du bassin (voir plus bas pour l’anatomie). Le bassin est rétroversé.
  2. Nutation: il faut tourner les cuisses vers l’intérieur (garder les talons fixes, mais rapprocher les orteils), avec des conséquences inverses de la première position (ischions éloignés, ailes rapprochées). Le bassin bascule vers l’arrière (cf. site Césarine).
Les ischions sont en bas (juste au-dessus de la signature du dessin). Le bassin ressemble à un papillon: les « ailes » du bassin sont celles du haut, les ischions celles du bas de notre papillon imaginaire. Aussi, la planche représente les différents ligaments qu’on retrouve dans le bassin (et qui permettent des mouvements) (source de l’image: Wikipédia, de l’inévitable Gray).

Ces positions sensuels (non, je rigole) permettent de faciliter le passage du bébé. Sauf que… les pattes en l’air, je le répète, on ne se laisse pas beaucoup aller à des contorsions… En plus, j’ai failli oublier: il y a une alliée fidèle à la parturiente, c’est-à-dire la gravité. Si vous accouchez sur le dos, elle ne peut qu’entraîner votre bébé vers votre colonne vertébrale (et ça ne passe pas par là!).

La bonne nouvelle dans tout ça? Il existe d’autres positions!

Statuette de l’Amérique du Sud en terre cuite représentant deux sage-femmes et une femme en train d’accoucher. Remarquez qu’elle est assise, genoux pliés, presque accroupie (source de l’image: Wikipédia).

Il existe même une littérature indiquant des positions de remplacement… Voici deux séries de positions, dans des documents préparés par AFAR (Alliance francophone pour l’accouchement respecté).

Illustrations montrant des positions pour faciliter l’accouchement durant le travail, voire même l’accélérer (on ne s’en plaindra pas!) (source de l’image: Wikipédia).
Illustrations montrant des positions pour l’expulsion du bébé (dernière phase de l’accouchement). Notez que presque toutes ces positions favorisent l’action de la gravité: le bébé est naturellement entraîné vers le passage pelvien dans le bassin (source de l’image: Wikipédia).

Question positions, j’aurai bien aimé connaître celles-ci lors de mon propre accouchement. En tout cas, les filles, protestez, informez vos conjoints, défendez-vous. Refusez qu’on vous traite comme une patiente.

Mise à jour sur Louis XIV: 29 mars 2013